‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 107 sur 334 · LES ÉDITIONS DES PROVINCIALES · texte numérisé non relu

LES ÉDITIONS DES PROVINCIALES

à l'autre, et on rencontre même des leçons qui varient selon les exemplaires : cette anomalie s'explique par les difficultés qu offrit l'impression, même à l'étranger; au soir de la bataille, il fallait encore user d'expédients et de précautions.

La même année vit deux autres éditions (in-1 2), toujours sous la rubrique de Cologne^ chez Pierre de la Vallée, que signalent plusieurs corrections typographiques, un grand nombre de petites retouches de style — dont une même est assez étendue (\[^ lettre), — qui attestent une revision assez soigneuse, mais d'ailleurs hâtive, puisque l'Avertissement y resta encore muet sur la XVIII* Provinciale, dernière du recueil. C'est après ces deux éditions in-12 que Nicole fait, en 1658, la traduction latine des Provinciales, dont nous avons parlé plus haut et qui contenait des notes et dissertations théologiques copieuses. La sixième édition de la traduction de Nicole, posthume, contenait en outre une Histoire des Provinciales. La version de Nicole fut elle-même traduite en français, avec VHistoire des Provinciales. et les Notes théologiques, par une Janséniste fervente, Mlle de JoDCOux (1699). Enfin, en 1659, parut la quatrième édition française; elle était intitulée les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un de ses amis et aux RR. PP. Jésuites avec la THEOLOGIE MORALE desdîts Pères et nouveaux casuistes, représentée par leur pratique et par leurs livres; divisée en cinq parties. — A Cologne, chez Nicolas Schoute, 4659, in-S (lire : Amsterdam, chez Louis et Daniel Elzévier). Elle reproduisait l'Avertissement de 1657, avec les additions nécessaires, et de nombreux documents sur la Théologie morale des Jésuites, y compris, bien entendu, les rumeurs et condamnations dont celle-ci avait été l'objet avant et surtout après les Provinciales. Pascal n'y eut vraisemblablement aucune part, et c'est Nicole qui en fut encore le principal auteur avec un collaborateur resté inconnu.

Tels sont les textes livrés au public, du vivant de Pascal. Le plus authentique est sans contredit celui dont le cahier autographe est à la Bibliothèque nationale, et qu'ont reproduit les lettres primitives ; car les changements qui suivirent furent inspirés par des scrupules politiques ou littéraires. Les uns, ceux de 1657, adoucissent ou suppriment les violences d'expression.

Les autres, ceux de i659, réparent quelques négligences de style, rajeunissent le tour, et suppriment des mots inutiles. On voit que les amis de Pascal ont passé par là. Donc, si Ton veut le jet le plus sincère de sa plume, il faut recourir à la source originale^ fût-ce au prix de quelques aventures grammaticales. Enfin un texte sensiblement différent des précédents vient d'être publié dans l'édition des Grands Écrivains de la France (Hachette, 1886-94), grâce à la découverte d'un précieux manuscrit dont rintérét est réel, et serait bien grand si, comme le conjecture M. Prosper Faugère, on pouvait prouver qu'il a été retouché ultérieurement à l'édition de 1659, par Pascal lui-même.

Mais bornons là ces préliminaires pour aborder Tétude morale et littéraire d'un livre qu'on ne lirait plus aujourd'hui, s'il n'était qu'une controverse théologique.

Intérêts engagés dans ee débat théologiqne. — Un des

travers habituels à chaque génération sera toujours de ne pas comprendre les soucis familiers à leurs aînées. Pour apprécier l'importance d'un débat où ne semblait engagées que des questions de croyance, il faudrait cependant nous faire un instant contemporains d'une société qui s'intéressait à des disputes de docteurs comme aux pièces de Corneille et aux victoires de Condé. L'opinion agrandissait alors des questions étroites. Faute de mieux, il y avait là un aliment pour l'activité des esprits. Les Jansénistes représentaient, en face du Pouvoir, dès lors — et en attendant qu'ils fissent avec le Parlement la formidable alliance qui tiendra tête au despotisme de Louis XVI, — une opposition soutenue par des noms illustres, d'excellents écrits, de hautes amitiés, et la faveur des salons. Leur éloquence tenait moins à la grandeur des sujets qu'à celle des caractères et à la profondejur des convictions. Or, de nos jours, ces sujets sont tellement indifférents qu'ils nous gâtent même les Provinciales; car plus d'un lecteur, s'il est sincère, avouera qu'elles contiennent des parties ingrates que ne sauve pas tout le génie d'un Pascal. Sans y contredire, reconnaissons du moins qu'il

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