LES PROVINCIALES ET BEAUMARCHAIS
et se propage du fond à la forme. Pour s'en assurer, il suffirait au besoin de lire ces pages où Pascal raille si finement ce qu'on pourrait appeler le style jésuite, et cite des phrases dont la subtilité louche et fuyante nous offre un contraste si frappant avec la franchise de sa diction virile. Cette victoire remportée seulement par les armes de la parole a donc été bienfaisante pour l'esprit français, en même temps qu'elle sauvait l'honneur de l'Eglise gallicane.
Nous n'avons pas besoin d'en dire davantage pour expliquer la durable popularité de ces Petites Lettres dont l'à-propos fut trop souvent prêt à renaître, dans les occasions où un nouveau Pascal fit seul défaut. Quand bien même les Provinciales ne seraient plus un ouvrage de circonstance — ce qui est désirable, — elles demeureront à jamais comme un modèle de pamphlet supérieur à l'ironie socratique, à la moquerie de Lucain, au persiflage de Voltaire, aux sarcasmes de Junius, à l'amertume de Rousseau, à la causticité de Paul-Louis Courier; tel enfin qu'on ne saurait leur comparer, et de loin, que le quatrième des Mémoires contre Goezman,
Ajoutons que toutes leurs qualités littéraires, notamment ce mélange si habile d'ironie cavalière et de tonnante éloquence, ont leur meilleur commentaire dans cet autre chef-d'œuvre de notre littérature polémique, dont elles ont directement inspiré la tactique et le ton à son auteur, lequel n'est rien moins qu'un des rois de l'esprit. Beaumarchais, en effet, y invoque à son aide, . sans modèle, l'auteur des Lettres provinciales, lequel f après avoir plané légèrement sur les personnes, élevait son vol sur les choses et tonnait enfin à coups redoublés, quand sa pieuse indignation avait surmonté la gaieté de son caractère ^ » .
L On trouvera dans le Beaumarchais et ses Œuvres de M. Eugène Lintilhac, (Hachette, p. 151 et suiv.) un parallèle suivi entre les Provinciales et les Mémoires ûontre Goezman, plus fameux que lus, et dont quelques pages mérite raient bien de devenir classiques.