‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 113 sur 334 · PENSÉES : LEUR PLAN · texte numérisé non relu

PENSÉES : LEUR PLAN

présenter un texte sincère. Mais Térudition exigeante de M. Ernest Havet mit la dernière main à cette restauration, en réparant plus d'une erreur et d'un oubli, notamment dans la célèbre conversation sur Epictète et Montaigne. Aussi peut-on dire que son nom est désormais inséparable de celui de Pascal, dont il est, avec Sainte-Beuve, l'interprète définitif, ou du moins le plus compétent *. Après ce préambule historique, nous essayerons d'exposer la thèse de Pascal, et d'indiquer le plan qu'il a

Plan du fnonament. Esprit SM^ientlflqne. — Pour un géomètre, chez lequel l'extrême sensibilité devenait elle-même une extrême logique, la méthode étant de première importance, dégageons d'abord celle que s'est proposée cet impérieux esprit formé par la discipline des sciences exactes et naturelles. L'Entretien de Pascal avec M, de Sacy sur Epictète et Montaigne sera notre guide, comme pour Sainte-Beuve et Prevost-Paradol, et tous ses commentateurs de bonne foi ; car c'est la clef du livre.

Pascal prétend appliquer à l'apologie du dogme la méthode de l'expérience et de l'induction ; ou plutôt, il veut donner au christianisme, dans la science de l'homme, le rôle que joue l'hypothèse dans celle de la nature. Rassemblant un nombre imposant de faits psychologiques, dont nous ne pouvons nier l'existence, il tend à prouver que toute philosophie est impuis» santé à les expliquer, qu'une seule religion y réussit, qu'en dehors d*elle l'homme serait une énigme pour lui-même, par conséquent qu^elle est la vérité absolue ; car ses mystères sont l'unique solution de ces problèmes qui, sans elle, nous seraient inaccessibles. Il en est donc de la foi comme de la croyance à l'une des lois qui régissent le monde, l'attraction par exemplCj que personne n'a pu voir ni toucher, mais dont la vertu n'en

1. Po\ip les autfeS 6011601*8 et commentateurs des Pensées. — Mi Moliniei* notamment, dont le texte est lé plus stirupuléui»emerit fidèle et a étë reproduit dans la quatrième édition de M. Havet, — et leurs mérites respectifs, voir Précis historique et critique de la littérature française, par Eugène Lintilhac^ t. II, eh. ▼ (Paris, Àndrë-Guëdon), et la bibliographie ci-après;

est pas moins évidente, puisqu'elle seule nous fait comprendre le suprême ressort de l'univers, celui qui agit sur tous les corps, depuis le grain de sable jusqu'aux astres.

On voit par là comment Pascal est devenu moraliste. Faisant pour la théologie ce que Socrate fit pour la philosophie, c'est-àdire la fondant sur l'observation de l'âme humaine, il interrogea notre raison et notre volonté pour les convaincre toutes deux d'une infirmité native, qui les condamne Tune à ne rien savoir, et l'autre à ne rien pouvoir, malgré des ambitions qui attestent une origine toute divine. Plus sont étranges les contradictions qui éclatent chez l'être moral dont il sonde l'abîme, et plus sera vive la lumière qui sortira de ces obscurités. Car, après nous avoir confondus par le spectacle des contrariétés que ne sauraient concilier ni les stoïciens qui enivrent notre orgueil, ni les épicuriens qui nous dégradent, il nous montre dans le christianisme la seule issue qui reste à notre désespoir, en attendant que nous l'acceptions avec joie, comme une bienfaisante certitude.

En spmme,rauteur des Pensées se propose d'amener un homme à adhérer d'esprit et de ccëur à la vérité de la religion chrétienne. De là deux ordres de preuves : les raisons proprement dites qui s'adressent à l'esprit seul, et celles où le cœur parle aussi. Les raisons du premier ordre se réduisent à deux chefs principaux : d'abord les contradictions de notre nature morale que le dogme de la chute et de la rédemption explique seul; ensuite le fameux pari. Les raisons du second ordre sont les preuves directes et indirectes de la vérité de la religion chrétienne, tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, des prophéties et des miracles, de l'histoire et surtout de la foi. Nous insisterons sur celles du premier ordre.

Sans analyser ce monologue sublime dont les accents sont brisés comme par les secousses d'une fièvre intermittente, résumons rapidement les principaux traits du tableau qui nous y représente l'âme humaine effrayée d'elle-même.

Premier ordre de preuves : De rindifférenee des homiites sur le problème de leur destinée. — Le premier signe de notre misère est pour Pascal V indifférence du plus grand nombre sur les questions redoutables que suscite la perspective d'une

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