BIOGRAPHIE : SA FIN
Lui qui jadis avait dit, d'un ton alors un peu païen :
La mort ne surprend point le sage,
il écrivit, le 10 février 1695, à Maucroix cette lettre dont rémotion est toute chrétienne : « Tu te trompes assurément, mon cher ami, s'il est bien vrai, comme M. de Soissons me l'a dit, que tu me croies plus malade d'esprit que de corps. Il me l'a dit pour tâcher de m'inspirer du courage ; mais ce n'est pas de quoi je manque. Je t'assure que le meilleur de tes amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n'est pour aller un peu à l'Académie, afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenais il me prit, au milieu de la rue du Chantre, une si grande faiblesse que je crus véritablement mourir. 0 mon cher! mourir n*est rien : mais songes-tu que je vais comparaitre devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. »
Malgré ce tremblement d'une âme contristée, il dut à la foi de pures consolations, et vit approcher l'heure suprême avec une sérénité qui permet de dire :
Rien ne trouble sa fin, c'est le soir d'un beau jour.
Ce fut ainsi qu'il s'éteignit doucement, dans les bras de la religion et de l'amitié — « avec une constance admirable et toute chrétienne », dit Charles Perrault, — à l'hôtel d'Hervart, rue Plâtrière, le mercredi 13 avril 1695, âgé de soixante-treize ans et dix mois, c Dieu, par sa miséricorde, le veuille mettre dans son saint repos », écrivit Maucroix, dans ses Mémoires^ apprenant cette perte, « c'était l'âme la plus sincère et la plus candide que j'aie jamais connue. » Le lendemain de sa mort, Fénelon, qui l'avait associé à l'éducation du duc de Bourgogne, honorait le fabuliste de cette oraison funèbre : c Lisez-le, et dites si Anacréon a su badiner avec plus de grâce, si Horace a paré la philosophie et la morale d'ornements plus variés, si Térence a peint les mœurs des hommes avec plus de naturel et de vérité, si Virgile enfin a été plus touchant et plus harmonieux ».