‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 123 sur 334 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

Le genre, Oiiglnesi de Fapoloipie. Pilpay. Ésope et la fable I^Bomlqne. — Dans La Fontaine, au jugement de Saint-Marc Girardin, « le poète est tout, et le genre n'est presque rien ». Nous en dirons cependant un mot, ne fût-ce que pour apprécier plus sûrement un génie qui créa la fable à son image. Récit moral dont les enseignements se dérobent sous le voile de Tallégorie, Fapologue ne fut point inventé seulement, comme on Ta souvent répété, pour faire entendre à un despote * des vérités dont l'audace s'enveloppait de précautions prudentes et de ruses ingénieuses. Il procéda plutôt de la même source que la métaphore, c'est-à-dire du besoin qu'a l'intelligence humaine d'exprimer ses sentiments et ses pensées par des emblèmes qui les rendent visibles à l'imagination. Voilà pourquoi nous retrouvons ce genre chez tous les peuples, dans tous les âges, et dès la plus haute antiquité. Pourtant il paraît que l'inde fut son berceau. Aux yeux de cette race panthéiste, qui croyait au dogme de la métempsycose et à l'égalité de tous les êtres contenus dans le sein de Brahma, la fable devait être plus qu'un jeu d'esprit, plus que l'arme du faible contre le fort. Elle se mêlait aux croyances religieuses, comme l'attestent les livres bouddhiques, le Mahâbhârata, le Djataka, le PantchaTantra (les Cinq Spécifiques) et les Avadanas. Un recueil arabe de ces apologues, intitulé Cailla et Dimna, et attribué à Bîdpaï ou Pilpay, lequel n'est qu'un des interlocuteurs du dit recueil, leur servit de véhicule dans le monde occidental. C'est dans une traduction de ces fables dites de Pilpay, due à Gilbert Gaulmin (1644), que La Fontaine puisera si souvent ses sujets. L'Ancien et le Nouveau Testament proposent aussi à notre admiration

1. Menenius Agrippa n'usa-t-il pas de l'apologue pour soutenir les droits d'une aristocratie puissante? (fable des Membres et de Vestomac). Après la prise de Sardes, Cyrus répond par la fable du Joueur de fiàte et des poissons aux Grecs d'Ionie, qui avaient repoussé ses avances, et venaient le solliciter trop tardivement.

Page 1