‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 126 sur 334 · LA FABLE : BABRIUS; MARIE DE FRANCE; LE RE N ART · texte numérisé non relu

LA FABLE : BABRIUS; MARIE DE FRANCE; LE RE N ART

duquel elle s'apitoie. Sans pousser les faibles à la Dévolte, elle sut parler avec émotion de justice et d'humanité, parmi les aventuriers avides qui criaient : Malheur aux vaincus! Ce titre doit suffire, aujourd'hui surtout, à la sauver de l'oubli. Son recueil qu'elle intitula Isopet, en l'honneur d'Ésope, contenait cent trente-quatre fables, imitées d'une traduction anglo-saxonne aujourd'hui perdue du recueil de fables ésopiques et phédriennes, en prose latine, qui était attribuée à un certain Romulus et mis entre les mains des écoliers.

Il convient de rappeler aussi les fabulistes épiques ou satiriques du moyen âge, entre autres certains trouvères qui collaborèrent aux diverses branches du Roman de Renart (xii" siècle) : Pierre de Saint-Gloud (xvP branche) ; Richart de Lison (xip branche); € uns prestres de la Croix-en-Rrie » (ix« branche) ; Jacquemard Gelée, auteur de Renart le Nouvel (xiii« siècle). Dans ces divers Renarts dont le mérite littéraire va en décroissant, tandis que croît l'audace de la raison, nous apparaît la hiérarchie du monde féodal, avec ses castes, ses préjugés, ses mœurs, ses abus et ses vices. Autour de Goupil le renard et d'Ysangrin le loup qui personnifient la ruse et la violence, nous voyons se mouvoir ici toute une ménagerie qui figure l'aristocratie et la plèbe des animaux et des hommes : Noble le hon, dame Fière la lionne, Hermeline la renarde. Hersent la louve, Tybert le chat, parfois l'ami et le complice de Renart, Bernard, l'âne, son apologiste; puis vient la série de ses innombrables victimes, dont le trouvère dit que faire cesser leurs plaintes serait H feu gries (le feu grégeois) à estaindre : Chantecler le coq, Tiercelin le corbeau, ÏEscoufle le milan, et jusqu'au limaçon. Tardif» Sophiste, diplomate, casuiste, courtisan, flatteur, enjôleur, prêt à porter tous les masques et à user des expédients les plus équivoques pour triompher partout et toujours, contre tout droit et toute vraisemblance, compère Renard tient à la fois de Pathelin, de Panurge, de Tartuffe, de Gil Blas, de Figaro et de Robert Macaire. Il déploie mille prodiges d'adresse pour conquérir andouilles, jambons et poulets. Les scènes amusantes où il joue ce rôle de chevalier d'industrie sont la parodie de tout ce qu'avaient révéré les siècles précédents. Ce ne fut d'abord qu'une ironie sournoise et tempérée par un fond de bonhomie joviale ; mais avec

Philippe le Bel et ses luttes contre le saint-siège, cette innocence primitive ne tarda pas à s'évanouir ; et, sous les grondements d'une voix qui s'exaspérait, retentirent bientôt les murmures de Jacques Bonhomme. Est-il besoin d'ajouter que dans ce monument composite s'essaie maladroitement l'art d'un peuple enfant? Fabliaux, moralités, chansons, sermons, légendes, histoire, mascarade, caricature, sagesse et folie, tous les genres s'y confondent. C'est une matière diffuse qui déborde en toute licence, et dont les épisodes se présentent à nous sans lien ni suite. Il y a pourtant une concision élégante dans les épisodes (branches) les plus anciens, dont quelques-uns {Si corne Renart manja le poisson aux charretiers, iii° branche, v. 1-149; Si corne Renart fit avaler Ysengrin dedenz le puits, branche iv, v. 350 sqq.) sont des modèles de vivacité, de naturel el même de style, tels que Marot ne fera pas mieux et que La Fontaine ne doit pas les faire oublier. Le reste va du médiocre au pire, et le récit se déroule languissamment en longues digressions. On dirait l'interminable complainte d'un conteur qui bégaye ou balbutie et ne parle net que pour médire et satiriser à toute outrance.

La fable savante» an XV!** siècle s Haudent, Guéronit^ Habert. — Bien que la Renaissance ait souvent rompu avec les traditions du moyen âge, la fable fut pourtant alors protégée par son origine antique contre le dédain des érudits; mais, prenant le style du temps, elle se fit élégante, devint un objet de savante étude, ou parla même en vers latins pour se mettre à la mode du jour. Tel fut le recueil de Faeme, mort en 1561, et dont les fables latines furent publiées par le pape Pie IV. Sans insister sur les fabulistes du xvi*' siècle — tels que Guillaume Haudent qui, avant La Fontaine, a traité des animaux malades de la peste, dans sa Confession de VAnCy du Renard et du Loup ; ou Guillaume Guéroult et sa fable du Lion, du Loup et de VAne qui le rapproche de La Fontaine, — qui eurent l'instinct comique ; ni sur Gilles Corrozet et François Habert, qui ne manquent ni de grâce, ni de naïveté, nous citerons Marot qui en 1525, dans son épître adressée à Lyon Jamet, usa si ingénieusement de l'apologue du Lion et du Rat pour solliciter l'assistance d'un ami dont les bons offices pouvaient l'aider à sortir du Châtelet : c'est pétillant d'esprit et de malice, mai un peu

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