‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 135 sur 334 · SON ORIGINALITÉ DANS L'IMITATXON · texte numérisé non relu

SON ORIGINALITÉ DANS L'IMITATXON

De rimes couronnée, et légère, et dansante, En nombres mesurés elle s'agite et chante.... De ce mélange heureux Tinsensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

Maint exemple nous apprend comment cette transfusion devint chez La Fontaine un principe d'originalité, et cela d'autant plus que cet adorateur des anciens n'a jamais vu dans les livres des instruments de travail, mais la volupté d'un goût étranger à toute préférence exclusive.

Ces vers du Chêne et du Roseau :

Le vent redouble ses efforts

Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à l'empire des moris,

ne sont-ils pas une traduction de Virgile disant :

Quœ quantum verlice ad auras jEthenas, tanium radice in Tartara tendit,

{Géorg., 1. ii, 291.)

Ingrediturque solo, et caput inter nubila condit.

{Enéide, 1. iv, 177.)

Dans ce passage :

Dieu permet aux moutons De retrancher l'excès des prodigues moissons,

nous reconnaissons encore cette expression des Géorgiques :

LuxuiHem segetum tenerâ depascit in herhà,

Ailleurs il reflète Horace, et ce trait : Yitx summa brevis spem nos vetat inchoare longam, est devenu :

Quittez le long espoir et les vastes pensées.

Il retrouve aussi le sentiment de Lucrèce, pour décrire « le temps que tout aime et que tout pullule dans le monde ». Il

puise même dans des fragments oubliés. Ce mot des Satires Ménif^es de Varron : Venti phrenetici septentrionum filii, ne lui suggère-t-il pas :

Le plus terrible des enfants Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs?

Horace vrai maitre de La Fontaine. — Mais quel sera lé vrai maître parmi tant de modèles? Il a failli s'y perdre :

A la fin, grâce aux dieux, Horace, par bonheur, me dessilla les yeux.

Pour sentir toute Timportance de cette confidence, il faut se reporter à la fable des Deux Rats qu'Horace a insérée dans la sixième satire du livre II, et dont La Fontaine semble avoir respecté la perfection, en renonçant à l'éclipser, dans sa fable le Rat de ville et le Rat des champs. Des bêtes qui sont aussi des hommes, sans cesser d'être des bêtes de leur espèce, c'est-àdire dont on transpose malignement en traits de nature humaine les traits de leur animalité, ces derniers restant d'ailleurs rigoureusement conformes à l'histoire naturelle, comme La Fontaine s'en vante dans sa préface ; une flexibilité enjouée qui parcourt toute la gamme des tons, depuis la familiarité, la rusticité même, jusqu'à des pastiches délicats du ton épique ou lyrique; enfin une nonchalance de conteur qui est un grand artifice; tout cela, qui sera le charme essentiel de notre fabuliste, est déjà en germe dans la fable d'Horace. Pour l'en tirer et l'habiller à la française, et le varier à l'infini, certes il y fallait du génie. Il n'en reste pas moins vrai, et c'est là le sens exact de son aveu, que La Fontaine fabuliste doit à Horace plus qu'à personne, si, comme le remarque Sainte-Beuve, « son originalité est toute dans la manière et non dans la matière ».

Disciple de c la simple nature »,

Ils se moquent de moi, qui, plein de ma lecture, Vais partout prêchant l'art de la simple nature; —

il est d'ailleurs, parmi les poètes du dix-septième siècle, le seul chez lequel la greffe latine ait amélioré la sève gauloise. Trou-

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