‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 147 sur 334 · LES TROIS ÉPOQUES DE SA VIE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

LES TROIS ÉPOQUES DE SA VIE LITTÉRAIRE

3® La troisième phase, celle du déclin, va de 1677 à 1711. Elle a ses lueurs encore, puisqu'elle nous vaut deux chants du Lutrin, Mais il est manifeste que l'haleine commence à devenir courte. Ne parlons donc pas de l'Ode à Namur, ni des ingrates satires sur ï Équivoque et l' Amour de Dieu : car ce sont les derniers soupirs d'une muse désormais trop janséniste, que gagne aussi cette extincGon de voix pour laquelle Boileau, valétudinaire et quinteux, allait prendre les eaux de Bourbon, pendant Tété de 1687. Les sources commençant à se tarir pour sa verve désenchantée, l'aigreur et les jeux de mots remplacent ces irrésistibles saillies qui emportaient la pièce. Bref, il ne sut pas prendre à temps sa retraite. Reçu tardivement à l'Académie française — où nous avons vu que La Fontaine avait été son concurrent préféré, et où le retard du consentement du roi pour ce dernier permit aux deux amis d'entrer ensemble, — en 1683, à quarante-sept ans (car son âpreté lui avait fait bien des ennemis); attristé par la perte de Racine, il fut encore assombri par des infirmités douloureuses, une sorte de disgrâce de cour, le deuil des désastres publics, et le sentiment exagéré d'une décadence prochaine. Il désespérait de l'avenir, et sa vieillesse chagrine croyait trop à la fin du monde. Puis de nouveaux écrivains, les Boyer et les Pradon, par un effet de mirage, étaient en train, dit-il lui-même, de lui paraître des soleils. A ceux qui s'informaient de sa santé, il répondait par ce vers de Malherbe :

Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.

Ce fut donc sous l'impression des plus amers pressentiment» qu'il mourut d'une hydropisie de poitrine, le 13 mars 1711, entre les bras du chanoine Lenoir, son confesseur, chez lequel il demeurait, au cloître Notre-Dame, depuis qu'atteint de surdité, il avait vendu la chère maison d'Auteuil, où quatorze ans durant s'étaiept gaîment rencontrés ses illustres amis : il avait soixante-quinze ans. On l'enterra sans pompe, suivant son' désir, dans la Sainte-Chapelle, au-dessous de la place occupée par le Lutrin qu'il avait rendu si fameux. Exhumés en 1800, ses restes furent transportés, le 14 juillet 1819, dans l'église Saint- Germain-des-Prés, où ils reposent encore.

iH BOILEAU.

Page 1