‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 153 sur 334 · VART POÉTIQUE : OMISSION DE L'APOLOGUE : III' CHANT · texte numérisé non relu

VART POÉTIQUE : OMISSION DE L'APOLOGUE : III' CHANT

avoir un grand poète dans un petit genre. Or VArt poétique, qui parut en 1674, est de beaucoup antérieur au second recueil de fables, qui date de 1678 et 79. Mais nous n'en dirons pas moins que Boileau fut coupable de distraction, et qu'il eût été digne de lui de tenir, ici encore, à ses contemporains le langage de la postérité. Du reste, s'il a commis une faute, il en fut puni, puisqu'il a composé deux fables dont l'une, VHuitre et les Plaideur$ (Épitre II, 1668) serait bonne, si La Fontaine ne l'avait refaite, et peut-être par malice (1678) ; et dont l'autre, la Mort et le Bûcheron, est franchement médiocre.

III. Troisième chant : Les genres principaux* — La tra* gédie; limitations l'art de plaire et de toucher. Les trois nnités. Histoire du genre. Les mystères. — Plus important que les autres, le troisième chant a pour objet la tragédie^ Vépopée et la comédie. Cet ordre n'est pas celui que conseillait l'histoire littéraire; mais Boileau crut devoir le suivre, ne fût-ce que pour se conformer au goût d'un siècle où la tragédie avait droit de préséance. Lui donnant donc le pas sur un genre qui naquit avant elle, il commencé par déclarer avec Aristote que l'imitation est la source de l'intérêt dramatique, pourvu toutefois que l'artifice d'un pinceau délicat la rende agréable à nos yeux. A la vérité des caractères et des mœurs doit s'allier aussi l'émotion < d'une douce terreur » et < d'une pitié charmante »

Qui va chercher le cœur, réchauffe et le remue.

Pour plaire et pour toucher, il ne restera plus qu^à engager les personnages dans une action vive, d'où sera bannie toute € vaine rhétorique » :

Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.

À ces conditions générales s'ajoutent ici des règles précises que recommande ou l'autorité du bon sens, ou l'exemple des anciens. Ainsi, Boileau veut que Vexposition soit brève et claire, sous peine de tourner un divertissement en fatigue. Car le sujet n'est jamais assez tôt expliqué :

Je me ris d'un auteur qui, lent & s'exprimer, De ce qu'il veut d'abord ne sait pas m'informer;

fiSO : BÔILEAU.

et on sait assez par les Bolxana qu'ici Boileau vise Corneilie et notamment Héraclius qu'il appelait un logogriphé. Il exige eussi que le principe des trois unités soit strictement observé,

Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fln le théâtre rempli.

Ce dogme, il le formule d'un ton qui n'admet pas de réplique, ïl y. a pourtant de la superstition dans ce culte d'une loi qu'Aristôte lui-même eût jugée trop exclusive. Mais, si ces rigueurs paraissent tyranniques, nulle objection ne s'élèvera contre les conseils qui' invitent le poète à respecter la vraisemblance :

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable; " è substituer parfois le récit à l'action :

.... Il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille, et reculer des yeux;...

à ménager des péripéties graduées par une progression habile

Que le trouble toujours croissant de scène en scène < A son comble arrivé se débrouille sans peine ;

enfin, à préparer par des moyens logiques un dénqûment naturel et saisissant.

. Sur la foi d'Horace, qui lui sert ici de guide préféré, Boileau se risque ensuite à tenter l'histoire de la tragédie et de ses origines. Or, si l'Epitre aux Pisons a pu se tromper sur une question que tant de savantes études viennent à peine de débrouiller, nous pardonnerons facilement à un poète moins bien informé, des erreurs, répétées de confiance par les lettrés les plus consciencieux d'un âge où l'antiquité grecque ne fut guère connue que de Racine et de Fénelon. Il loue sans doute avec justesse l'harmonieux génie de Sophocle ; mais il confond les légendes de Thespis et de Susarion, il prête à Eschyle un brodequin au lieu d'un cothurne, il lui reproche à tort des vers raboteux, et ne dit pas un mot d'Euripide.

Le moyen âge lui était encore moins familier. Aussi censure-

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