SON RATIONALISME. — LES RÈGLES. — SON RÔLE
de la raisoa d'abord, et aussi un peu au nom de quelques modernes, tels que Racine et Molière — du moins quand ce der^ nier n'allie pas Tabarin à Térence, — mais surtout au nom des anciens avec lesquels la raison ne fait qu'un à ses yeux. La manière dont la nature a été imitée « par ce petit nombre d'écrivains merveilleux dont le nom seul fait l'éloge », selon ses propres expressions, doit faire loi, car le suffrage répété des siècles à leur endroit équivaut au suffrage même de la raison universelle : et c'est là le dernier de ses principes généraux.
Un coweecif essentiel. — - Cependant au dogmatisme impé* ratif de ces règles de l'art d'écrire, nécessaires pour trouver et choisir dans la nature le vrai beau et en donner une expressioa parfaite dans chaque genre, Boileau apporte un correctif essentiel : tout ce dogmatisme devra fléchir devant un tramport heureux par l'effet duquel un esprit vigoureux,
Trop resserré par Tart, sort des règles prescrites Et de l'art même apprend à franchir leurs limites.
Le rôle de Boilean. •— Critique négative. — Considérons maintenant, dans son ensemble, le rôle de celui que Bayle appelle le contrôleur général du Parnasse. En résumé, il y a trois périodes distinctes dans la carrière de Boileau. D'abord il travaille par ses satires à faire place nette. Il ramène les écrivains et, Molière aidant le public, de la cour el de la ville au bon sens et à la nature.
Crllli|ae positive. — Alors commence la seconde période, celle de la critique positive, la plus féconde. Il reprend pour son compte, avec moins de science, mais avec plus de goût et d'autorité et sans complaisance, l'œuvre de critique dogmatiqua commencée par Chapelain; par d'Aubignac, dans sa Pratique du théâtre; et, si l'on veut, par La Mesnardièro et Colletet dans leurs vagues et parcellaires Poétiques. A la critique personnelle Gt avisée, mais superficielle et capricieuse, d'un Saint-Evremond, — laquelle faisait d'ailleurs merveille à Londres, au café Will, en face de Dryden — , il fait succéder un goût personnel aussi, mais qui à déj& et presque partout l'infaillibilité des arrêts de la postérité. Il se trouve alors que la profession de foi littéraire de Boileau est digne de s'appeler un Art poétique.
Crftiqae défensive. — Querelle des anciens et des moderne». — Boilenn et l'évolntion des içenres. — Mais à peine a-t-il achevé de rédiger son code poétique qu'il est jeté, par la force des circonstances, dans la querelle des anciens et des modti^nes, qui met en litige un des principes essentiels de sa doctrine, à savoir la supériorité de ces anciens dont il a fait précisément des modèles rivaux de la nature : c'est la troisième période de son rôle. Il écrit alors ses Réflexions sur Loitgin, où il a plus souvent tort dans la forme que dans le fond. 11 lui est même arrivé, dans la septième de ses Réflexions^ de s'élever jusqu'à considérer comme un des facteurs essentiels des chefsd'œuvre € le point de solidité et de perfection, le point de maturité » de la langue dans laquelle on les écrit; et jusqu'à entrevoir, comme des formes vivantes et presque transformables, ces genres qu'il avait traités jusque-là comme des êtres de raison dont l'organisme était immuable dans sa perfection.
N'était-ce pas de quoi lui faire pardonner plus tard toutes les étroitesses de son dogmatisme, pour lequel d'ailleurs plaident assez éloquemment les chefs-d'œuvre qui s'y trouvaient conformes, comme le Misanthrope et Phèdre ou Athaliel II ne faut pas oublier de joindre à ces mérites ceux de poète auxquels les discussions dont le critique a été l'objet ont fait trop de tort en ce siècle.
Bollean poète : Son réalisme pittoresque) Il saerille aox Grûces) Éloquence de sa raison) Sa noblesse. — Il est poète par la couleur et la vie de l'expression, quand il renonce à certaines circonlocutions — dont il tirait naïvement vanité — pour peindre d'après nature, comme dans les portraits de la satire X, ou même dans les descriptions, si adéquates à leur objet, du Repas ridicule et des Embarras de Paris, où il donne la mesure de son intrépidité dans l'expression réaliste du vrai. Ce pittoresque et cette vérité dans le style, qui demandent en somme quelque imagination et une sensibilité au moins physique, èmaillent les premiers chants du Lutrin, avec une verve moins courte et rehaussée même de quelques grâces légères dans certains épisodes tels que celui de la Discorde et de la Mollesse, Il est poète par les ardeurs et les malices bourgeoises de c ce sang critique » qu'il avait dans les veines, et qu'il infuse si