‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 167 sur 334 · LE SERMONNAIRE A METZ ET A PARIS · texte numérisé non relu

LE SERMONNAIRE A METZ ET A PARIS

ouvraient une carrière à la ferveur de son apostolat: Là, tout en se vouant dans l'ombre du sanctuaire à la constante pratique de la tradition qui sera toujours sa force, le théologien préludait aux triomphes de l'avenir par des controverses ou des sermons vraiment évangéliques. Dans le pasteur Paul Ferry, c ce ministre à la bouche d'or », et dans son jeune émule; David Ancillon, il trouva des adversaires dignes de lui. V Exposition de la foi catholique couronna cette campagne de laquelle date son premier essor. Elle va du Panégyrique de $airU Gorgon^ prêché à Metz le 9 septembre 1649, à celui de sainte Thérèse, prononcé dans la même ville, en présence de la reine mère, le 15 octobre 4657. L'éloge de saint Bernard (20 août 1655) esît un des épisodes de cet éclatant début, ainsi que le serm0ft; pour le neuvième dimanche après la Pentecôte (sur la Tendres^ et la séoérité de Jésus), Dans ces prémices de sa parole, il est déjà, presque tout entier. Parmi les hasards d'un goût qui deviendra plus sûr, on y sent un feu singulier, une imagination ardente, la fraîcheur d*une sève printanière, on ne sait quoi de vif et de jeune, où se mêle pourtant l'accent d'une autorité précoce et l'onction d'un cœur inspiré. Familiarité hardie, pathétique ingénu, poésie de l'expression, exubérance de verve soudaine^ brusques saillies, essor impétueux, tels sont les principaux traits de ces premiers discours qui nous ravissent par la grâce de leur nouveauté. Bossuet deviendra plus égal et plus châtié ; mais jamais il ne sera plus merveilleusement orateur. Aussi est-il étrange que cette vérité ait mis si longtemps à se faire jour, et que la gloire du prédicateur ait été .une laborieuse découverte de la critique contemporaine.

Reloar à Paris (1659). Bossuet et Loals XIV. Les sermons. — Ce fut en 1659, à Tâge de trente-deux ans, que Bossuet, après des préludes qui pouvaient suffire à l'illustration d'un autre, entra définitivement dans la sphère du règne dont il sera le docteur et l'oracle. Entre Louis XIV et lui, semblait exister une sorte d'harmonie préétablie. Tous deux ne représentent-ils pas la foi dans la tradition et l'autorité? Tous deux n'ont-ils point par excellence un bon sens auguste? Jamais le souverain n'a douté de sa puissance, jamais l'évêque n'hésitera dans sa soumission. De là chez l'un cette majesté qui tempère

le despotisme; de là chez Tautre cette dignité qui ennoblit Tobëissance.

Sans parler du sermon sur VÉminente dignité des Pauvres, et du Panégyrique de saint Paul (29 juin 1657), ce chef-d'œuvre qui contient toute la rhétorique de Bossuet, le Carême des Minimes (1660), illustré par le sermon sur VHonneur du monde; celui des Carmélites (1661) où se distinguent les sermons sur la Parole de Dieu et sur la Haine de la vérité ; et enfin et surtout celui du Louvre (1662) où brillent les sermons sur Y Impénitence finale, sur la Mort, sur la Providence, inaugurèrent ces trente années pendant lesquelles il soutint la perfection de son éloquence par des coups d'éclat qui ne cessèrent pas d'étonner l'admiration. Si, dans la période qui précède, il y eut, non pas des tâtonnements, mais un apprentissage nécessaire à tout talent, surtout au novateur qui s'éprouve; si on peut lui reprocher, parmi d'incomparables élans, des rudesses, de l'archaïsme, une certaine crudité de diction, des sauts imprévus et comme de violentes secousses, nous le voyons désormais pleinement maître de toutes ses ressources. Il n'aura plus qu'à se continuer, à s'égaler, mais il ne pourra se surpasser. L'influence personnelle de Louis XIV n'y fut pas étrangère. Sans perdre ses audaces et ses éclairs, l'orateur de la cour dut polir son langage, surveiller ses aventures de parole, acquérir la proportion, Tenlière justesse; et il le fit en sachant dire devant le roi ce qui pouvait prévenir l'idolâtrie prochaine : car tous ses discours, comme tous ses écrits, seront toujours l'accomplissement d'un devoir pastoral.

Ses oraisons fonèbres. — Il ne sera pourtant pas un de ces ingénieux qui ont l'art d'exceller dans les occasions médiocres. Mais il eut besoin d'une matière digne de lui : plus il y a de grandeur dans son objet, plus il est dans son élément propre. Voilà pourquoi ses premières oraisons funèbres, celles du P. Bourgoing, général de l'Oratoire (1662), et de Nicolas Cornet, grand-maitre du collège de Navarre (1663), pâlissent auprès de celles qui suivirent. Malgré de belles pages, dans l'une sur l'institution de l'Oratoire, dans l'autre sur le jansénisme et le molinlsme jugés par la sûreté d'un arbitre gallican et libre de tout parti pris, il est visible que l'espace fait défaut à l'ampleur

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