‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 166 sur 334 · SON ÉDUCATION :. PRÉCOCITÉ DE SON GÉNIE · texte numérisé non relu

SON ÉDUCATION :. PRÉCOCITÉ DE SON GÉNIE

laquelle, par une illumination soudaine, lui apparut son génie. . Il la lut par hasard, dans le cabinet de son père : mais ce livre lui fit une impression aussi profonde que l'œuvre d'Euclide sur Pascal, de Descartes sur Malebranche : « Le fleuve naissant, dit Sainte-Beuve, avait reconnu son réservoir natal. » Il ne cessera plus d'en découler. Désormais, c . dans les écoles et dans leâ temples, à la ville, à la cour, en ses voyages et au sein de la retraite, TÉcriture sera sa joie, sa consolation, son espérance, son étude, la source sublime et cachée dé son éloquence *» -. car il aura dé Moïse le verbe impérieux, mais attendri par la charité chrétienne ; il aura de David la poétique ivresse, lé pathétique ardent et sublime. De cette perpétuelle et vivifiante lecture ne disait-il pas : Certe in his consenescerêj in his immot'i summa votorum est? (Y vieillir, y mourir, oui, voilà mon vœu le plus cher). : ♦ / .

Les siens le promirent de bonne heure à TÉglise. Tonsuré à huit ans, il en avait treize quand il fut nommé à un canonicat de la cathédrale de Metz. En 1642 il arrivait à Paris, le joui* même, s'il faut en croire la tradition, où Richelieu mourant, mais encore tout-puissant et soucieux de ses vengeances, revint du Midi, porté dans une litière couverte de pourpre, et fit son entrée avec une pompe toute royale, bien que voisine de ses obsèques. La vision de l'oraison funèbre dut alors traverser rimagination du jeune lévite qui allait être bientôt le prodige du collège de Navarre, où il fit sa philosophie.

Son ipénle précoee. — Des exploits ne tardèrent pas en effet à signaler en lui un des princes de la jeunesse et comme l'ange de l'École, c Or, selon la remarque dé M. Patin, par iin singulier contraste de grandeur et de frivolité, ce fut dans un salon que s'annonça cette voix qui devait plus tard troubler les joies du monde par de solennels et terribles avertissements. » Présenté par Arnauld à FHôtel de Rambouillet en 1643, à seize ans, il y improvisa un sermon, vers onze heures du soir,ice <|ui provoqua ce mot de Voiture : c Je n'ai jamais vu prêcher ni si tôt ni si tard ». Applaudi par de beaux esprits, il fiit aussi

1. M. Patin : Éhge couronné par r Académie française. — Voir là-dessus Bùiiuet et la Bible, par l'abbé de la Broize, Paris, Retaux-Bray, 1890.

jBidmiré par le grand Gondé, dans une soutenance dont le bruit alla jusqu'à la reine régente, Anne d'Autriche — dont il fera Toraison funèbre, la seule que nous ayons perdue d'aillem*s> Cette thèse portait cette épigraphe : Timete Deuniy honorificate tiegtm (Craignez Dieu, honorez le Roi). N'est-ce pas encore une sorte de présage? Elle était dédiée au prince, protecteur de sa famille ; et l'on conte que le héros de Rocroy, voyant le répondant assailli de toutes parts, et faisant face à tous, fut tenté de jBourir à son aide, et d'entrer dans la mêlée, j Mais son sens chrétien ne se laissa point séduire par ces «kVs^nces de la faveur mondaine. Au lieu de se produire avec impatience, et de pousser sa fortune en préchotant dans les :^on$, il s'empressa — docile aux conseils d'un de ses auditeurs de l'Hôtel, l'évêque Cospéan — d'échapper aux périls de l'amous^ propre. A un de ces postes en vue qui pouvait tenter une légitime ambition il préféra donc l'obscurité d'une retraite où il voulait s'aguerrir par la méditation, la prière, les travaux apostoliques, et se préparer ainsi aux devoirs dé son ministère.

JLc pr«tre. Retraite à Hetz (i6S;s-i658). ~ Ce fut le 48 mars 4652, après s'être initié à la science de l'Évangile sous la discipline de Vincent de Paul — dont il suivit avec admiration, à Saint-Lazare, les conférences sur l'art de prêcher — , qu'il s'approcha du sanctuaire, pour y recevoir, avec Fonction du prêtre, la mission du docteur. Là, devant un autel placé sous l'invocation des martyrs, il s'engagea par ce serment : c 0 vérité suprême, conçue dans le sein paternel de Dieu, nous nous encheûnons à votre cause, nous lui consacrons toutes noi; forces, tout notre être, le souffle qui nous anime ». Dans cette promesse est contenue sa vie. tout entière ; elle n'en sera désormais que le fidèle témoi^age.

Fuyant donc la renommée, il imita ces saints personnages de la primitive Église, qui se dérobaient aux honneurs ecclésiastiques comme à un dangereux écueil. Songeant du moins à fortifier pour la lutte sa vocation militante, il ensevelit, à distance de la cour, en de modestes fonctions, un génie qui, durant sept années, devait oublier le siècle et se faire oublier de lui. Archidiacre de Metz (de 1652 à 1659), il porta les armes de. son zèle d^ns une province reculée où les progrès de la réforme

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