‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 170 sur 334 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

Les auditeurs font les eratenrs. Réforme de la prédiea- Uim an XV11« sièele. Inflnence de Bossnet. — < Ce ne sont pas les prédicateurs qui se font eux-mêmes, disait Bossuet; c'est aux auditeurs à les faire tels qu'ils doivent être. 11 faut d'abord qu'ils s'adressent à des oreilles dociles. » A ce titre, le xvii® siècle ne pouvait manquer d'être un âge d'élection pour l'éloquence sacrée. Celle-ci en effet, suscitée par cet esprit chrétien dont le réveil se manifeste souvent au lendemain des malheurs publics, fortifiée par la réforme des mœurs et des études ecclésiastiques, assurée de son empire par les sentiments du Prince et la croyance des peuples, servie par la maturité d'une langue qui pouvait enfin suffire à tous les besoins de la pensée, eut seule, sous la monarchie la plus absolue, le privilège d'une liberté que Louis XIV respecta comme le droit ou plutôt comme le devoir de l'Église. La Prédication était d'ailleurs alors la seule carrière où pût se déployer cette faculté oratoire qui est propre à notre race. Aussi est;ce de ce côté que se tournèrent des intelligences qui, dans uh autre milieu, eussent illustré la tribune ou le barreau, l'Eglise permit l'accès des honneurs à des talents de naissance obscure. Il y avait là de quoi stimuler les ambitions et les courages, et la prédication au xviP siècle fut vraiment une de ces institutions souveraines qui agissent sur les consciences et gouvernent les &mes.

Même avant l'avènement des grands initiateurs, plus d'une chaire avait déjà substitué, par des exceptions heureuses, à une ingrate scolaslique la science féconde des Écritures, aux licences d'une fantaisie triviale ou à la pompe d'un luxe fas-

tueux la modestie et l'efficacité du discours pastoral. Parmi ces précurseurs il faut citer : Du Perron ; — saint Frahçois de Sales, en dépit de quelques pensées alambiquées ; — le Père Bourgoing, supérieur de l'Oratoire, qui eut l'enviable fortune d'être loué par Bossuet; — le Père Le Jeune, qui prêcha de 1625 à 1660, et transporta dans la chaire les ^habitudes familières du catéchisme; — le Père Sénault, qui c fut à l'égard de Bourdaloue ce que Rotrou est pour Corneille » (Voltaire); — Claude de Lingendes, né en 1580, homme de sens et de cœur dont la raison fut éloquente ; — s^nt Vincent de Paul surtout, dont nous avons vu que Bossuet fut quelque temps le disciple, à Saint-Lazare ; -^ Cospçan, Tévêque d'Aire, qui fut un des réformateurs de la chaire, etj comme nous l'avons vu^ un des premiers conseil^ lers de Bossuet, bien qu'il amalgamât, dans l'Oraison funèbre d'Henri IV, des citations de Salomon, Ronsard, Platon, Pythagore, Salluste et Plutarque : mais quels, modèles et quels émules il avait, pour l'excuser! (En 1602, le plus considérable représentant de la chaire sous Henri IV, Pierre de Besse, prêchant sur la Passûm^ n'appelait-il pas les sacrements (vqueducs de la grâce, les mauvaises pensées alltimettes des vices, Jfésrus-Christ le pii\>eureur d* Abraham, la sainte Vierge Vfn(ànte de la Trmité^ Lucifer le Concierge des D,émom'i Et en 1616, le P. Vallaldier, dans son sermon sur la Mort, n'apostrophait-il pas ainsi les riches : c Vous êtes gras de chair, gras de lard, g^as de plaisir : tant mieux pour le diable! Bon pour la marmite. du diable! » Des compagnies célèbres furent aussi de vaillants foyers d'apostolat, et contribuèrent à la rénovation des mœurs ou des. études ecclésiastiques. Signalons surtout YOratoire e\, Fort^Royal (voir l'ouvrage de M. Jacquihet &ur les Prédicateurs du XVW siècle avant Bossuet). .

Mais cette, révolution, commencée par l'instinct du bon sens, le génie seul devait l'accomplir définitivement. Lorsque l'élite de la Cour et de la Ville eut admiré un théologien profond, un moraliste clairvoyant, un dialecticien pathétique, un orateur majestueux et simple, familier sans bassesse, hardi sans témérité, riche de tous les accents qui expriment sous une forme inconiparable les tendresses ou les sévérités du christianisme, une lumière soudaine éclaira tous les yeux ; on s'étonna

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