INVENTAIRE ET HISTOIRE DE SES SERMONS
d'avoir si longtemps souffert la réputation usurpée de déclamateurs insipides; et l'indifférence ou le mépris de tous fil justice d'un art théâtral ou frivole qui déshonorait le ministère évangélique.
Dans cette éducation du goût public, la meilleure part d'iufluence revient donc à Bossuet : car il justifia vraiment le mot de Voiture disant : t Nul n'a prêché ni si tôt, ni si tard ». Nous entendons par là que sa prédication dura plus d'un demi-siècle, jiepuis le collège de Navarre, où il se signalait par la précocité de sa parole, jusqu'à sa verte vieillesse qui fut encore un apostolat. Si, de 1670 à 1682, il ne reparut dans la chaire qu'en de rares occasions, c'est que les devoirs de son préceptorat ne lui en laissaient plus le loisir; mais, le lendemain même du jour où il prit possession du siège épiscopal de Meaux, . sa voix retentit de nouveau devant les fidèles, et ne cessa plus de répandre la doctrine non seulement dans la cathédrale de son diocèse et dans les synodes annuels du clergé, mais jusque dans les plus humbles couvents de religieuses ou dans de pauvres églises de campagne.
Inventaire de» sermons. Dléslntéressenient de Bossue t. Méprise de ses eontemporains. — Ce zèle infatigable nous» est attesté par des reliques dont l'ensemble comprend cent quarante-sept sermons, treize discours de vêture, vingt-trois panégyriques et dix oraisons funèbres * ; voilà les épaves d'un naufrage où ont péri plus de cent autres pièces oratoires dont nous ne connaissons que les sujets ou les titres. Si l'œuvre n'a pas sombré tout entière, on s'en étonne, quand on sait quelles vicissitudes subirent les manuscrits du grand évoque, avant d'être enfin sauvés de l'oubli, soixante-huit ans après sa mort.
D'abord, est-il besoin de dire que Bossuet ne songea point à les faire paraître? Non, le souci de la gloire humaine n'entra jamais dans son cœur. Si tous ses écrits sont des actes, à plus forte raison les bienfaits de sa parole furent-ils le premier devoir de ce sacerdoce militant auquel il se dévoua sans penser à lui-même. De son vivant, il ne publia personnellement que
1. Voir l'introduction et les notices qui précèdent chaque discours dans les Sermons choisis, par M. Rébelliau, publiés avec introduction et commentaires. Paris, Hachette, 1882. in-16.
six oraisons funèbres, et cela pour satisfaire à des amitiés illustres, ou à des prières qui valaient des ordres. C'est ainsi que les vœux instants de Madame, duchesse d'Orléans, le décidèrent seuls à faire imprimer, en 1669, VOraison funèbre d'Herir riette de France, Quant à Tunique sermon dont il surveilla rimpression, celui qui traite de VUnité de VÉglise (1682), il obéit à des convenances officielles, en faisant connaître à toute la France cette déclaration religieuse et politique, où l'interprète des libertés gallicanes essayait, non sans quelque gène, de concilier les droits de deux puissances également ombrageuses. Si l'on ajoute à ces textes le discours prononcé pour la Profession de Mme de la Vallière, et VOraison funèbre de Nicolas Cornet, qui virent le jour l'un en 1691, l'autre en 1698, mais sans l'aveu du Maître (car il ne voulut pas s'y reconnaître, au témoignage de son secrétaire l'abbé Ledieu), l'éloquence de Bossuet n'était représentée que par neuf monuments, lorsqu'il mourut en 1704, après quatre-vingts années d'existence digne d'un Père de l'Église. Outre qu'il fut désintéressé de tout amour-propre, on s'explique pourquoi, dans une carrière si pleine, il ne voulut point recueillir les saillies éparses d'une improvisation qui se prodiguait au jour le jour, sans viser au lointain avenir. Ce fond de doctrine devint pour lui comme un réservoir où le controversiste, le théologien, le philosophe et le moraliste puisèrent incessamment pour suffire aux obligations pressantes d'une activité religieuse qui se déployait sans relâche dans les directions les plus diverses. Ce fut ainsi que bien des idées générales passèrent de la chaire, où elles s'étaient essayées, dans des ouvrages où elles revêtirent une forme définitive, par exemple dans le Traité de la concupiscence, la Politique tirée de l'Écriture sainte, les Élévations sur les Mystères, et les Méditations sur l'Évangile. Dans VOraison funèbre d'Henriette d'Angleterre se retrouve une partie du sermon sur la Mort; dans celle d'Anne de Gonzague se sont glissés des fragments du sermon sur la Vérité de la religion. Il reprenait son bien, pour le mieux placer. Quoi qu'il en soit de ces nécessités ou de ces scrupules, l'orateur n'assura pas même la renommée de ses sermons par des dispositions posthumes.
D'ailleurs il faut bien avouer que la réputation du docteur