‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 174 sur 334 · LES SERMON^ D^EVANT LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

LES SERMON^ D^EVANT LA CRITIQUE

d'Amyot, rajeunissaient saint François de Sales, mutilaient Corneille, et faisaient toilette à Mme de Sçvigné. Il eut au moins le courage de résister, même au risque d'un procès, à la sottise de son libraire qui lui reprochait sa conscience comme un € manque de discernement », et à Timpertinence de Tabbé Maury, Torateur à la mode, qui Taccusa de 5 ramasser le linge sale de Bossuet » . Auteur d'un assez éloquent E9sai mr l'éloquence de la chair Cy ce dernier aurait voulu qu'on fit c des triages^ des relranchemtnU », qu'on effaçât ce qu'il appelait « des tours incorrects, des négligences, des chutes ». Il est vrai que plus tard, en 4810, le cardinal Maury, dans ses Réflexions sur les sermons de Bossvet, fit tapage d'une admiration trop bruyante pour être sincère. Ce personnage connaissait l'art des palinodies.

LeA sermons et la critique. Béparatlon tardive.. — Dom Déforis a d'autant plus de droits à notre gratitude qu'il ne fut point alors récompensé par la reconnaissance publique; car l'esprit du siècle n'était pas favorable aux maîtres de la chaire. Les mondains accueillirent cette restitution avec froideur ou indifférence. Dans l'Eglise même, on craignit de faire tort à Bourdaloue, en applaudissant Bossuet. Des préventions s'élevèrent aussi contre un religieux suspect de Jansénisme, et dom Déforis fut même dénoncé comme hérétique devant l'assemblée du clergé* L'orthodoxie littéraire, plus ombrageuse encore, jeta les hauts cris devant des audaces qui la scandalisaient. Le bon RoUin n'y reconnut pas c la pureté du goût ». Associant deux mots incompatibles, La Harpe déclara que < Bossuet était médioct^e dans le sermon ». L'oracle ayant parlé, la foule s'inclina. D'Alembert seul vit clair, lorsqu'il admira dans ces t dessins heurtés et rapides les traits hardis d'une touche libre et fîère, et la première sève de Tenthousiasme créateur ». Mais le préjugé des prétendus connaisseurs fut si tenace et si contagieux -- sans compter Dussaux qui, malgré son admiration classique pour les Ch'aisons funèbres^ appelle les Sermons des matériaux informes, souvent infecUs de la rouille d'un temps où l'éloquence était encore sauvage, et notre littérature à demi barbare —, que Chateaubriand lui-même, dans son Génie du Christianisme, compare les sermons de Bossuet à € ces fleuves dont

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Teau est d'abord trouble et limoneuse, et qui ont besoin de s'éloigner de leur source pour devenir aussi limpides qu'ils sont profonds et majestueux ». Un retour d'opinion ne se produisit qu'en 1816, sous l'influence de la révolution littéraire qui allait régénérer l'histoire et aifranchir la critique. Or le signal de cette justice tardive vint d'abord de l'Université, < toujours si dévouée à la gloire de Bossuet, selon la remarque de M. Gandar, alors même qu'elle n'accepte pas toutes ses maximes ». Tandis que M. Villemain prenait l'initiative de cette réparation, deux de ses disciples, MM. Patin et Saint- Marc Girardin, célébraient l'éloquence des sermons dans un concours où ils se partagèrent la couronne académique. Depuis lors, d'autres critiques, au premier rang desquels M. D. Nisard, ont fait ressortir à l'envi l'intérêt et tous les mérites littéraires des Sermons, sans épuiser le sujet, ni fatiguer la curiosité des lettrés.

Les sermons et l'érudition. L'abbé Vaillant i MM. Floqnet, Lâchât» Gandar. — La cause étant gagnée par les critiques littéraires, les savants pouvaient se mettre à l'œuvre pour confirmer la victoire par la restauration d'un texte auquel devaient s'appliquer les procédés d'une méthode scientifique. Telle avait été la prétention des éditeurs de Versailles * ; mais, en dépit de leurs belles promesses, ils jetèrent à peine les yeux sur la minute originale. Reproduisant la version de dom Déforis, ils se bornèrent à donner des titres à quelques discours, à résumer les sommaires, à vérifier les renvois, et à émonder au bas des pages le luxe des variantes..

C'est seulement en 1851 que l'abbé Vaillant {Étude sur les sermons de Bossuet, d'après les manuscrits, Pion) essaya de faire pour Bossuet, dans sa thèse de doctorat, ce que M. P. Faugère venait d'accomplir pour Pascal, sous les auspices de M. Cousin. Il prouvait du moins qu'en examinant de près les allusions historiques, les formes du style et le caractère de l'écriture, on pouvait assigner une date à la plupart des sermons. Or n'est-il pas fort intéressant de suivre ainsi, avec le cours des

1. Les tomes XI-XVII des Œuvres complètes de Bossuet, qui contiennent les sermons, les panégyriques et les oraisons, parurent en 1816. Cette édition, préparée à Saint*Sulpice, fut la première qui prit l'ang dans Us bibliothèques*

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