‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 175 sur 334 · LES SERMONS ET L'ÉRUDITION .* LEURS CADRES · texte numérisé non relu

LES SERMONS ET L'ÉRUDITION .* LEURS CADRES

années, le développement d'un génie qui ne cessa pas de se renjDuveler et de tendre vers la perfection? Voilà ce que l'auteur de cette thèse se proposait de démontrer; mais il mourut à la peine. Les voies étant frayées, d'autres s'y engagèrent. Après les curieuses monographies de M. Floquet, parut en effet l'édition de M. Lâchât, qui reprit et acheva l'œuvre inaugurée par l'abbé Vaillant dans sa thèse. 11 sut restituer dans leur intégrité des sermons que Déforis avait défigurés par sa manie de les fondre ensemble. Il sépara ce qui était distinct, et rétablit à leur vraie place bien des interpolations malencontreuses. On peut dire qu'une vingtaine de discours lui doivent d'être lus pour la première fois. C'est un titre considérable; mais il s'est trompé en substituant l'ordre liturgique- à l'ordre chronologique, comme l'avait déjà fait dom Déforis, qu'il a traité si ingratement. Quant au texte, il a été revu d'assez près sur les originaux, mais non sans des erreurs qui rendent nécessaires de nouvelles corrections. Aussi était-il possible de l'épurer encore, et de combler bien des lacunes regrettables.

C'est ce qu'atteste le livre excellent où M. Gandar {Bossuet orateur) suit pas à pas l'abbé Bossuet dans les débuts de sa carrière, fixe la date de ses plus anciens sermons ou panégyriques, en détermine les occasions, et nous offre un modèle de cette critique exacte qui concilie le sentiment de l'art avec, la philologie et l'histoire. En même temps il éditait, dans toute la rigueur du mot, les premiers sermons prêches soit à Metz et à Dijon, soit dans les églises de Paris et à la chapelle du Louvre. Guidés par sa méthode, d'autres iront peut-être plus avant, mais ne le feront pas oublier ; car son nom mérite de rester désormais gravé au bas de la statue de Bossuet.

L.es cadres de sa prédication. — Est-ce à dire que ce concours de doctes recherches ait éclairé tous les problèmes dont nous désirons la solution? Nullement; et M. Brunetière a pu écrire, sans qu'on ait le droit de le démentir : c II n'y a pas un sermon de Bossuet dont on puisse véritablement répondre ». Par exemple, il est certain que son orthographe ne saurait être respectée; car elle échappe à toute règle, et sa bizarrerie déjoue toutes les lois de l'usage. Ainsi on lit dans le Sermon sur la loi de Dieu (1653-1656) : Hipocondriaque ; aspec;

foies; depaase; parêtra; aprandre; nous conessons; vous navigez; cadaoce; toute à l'heure; les hommes ayans perdug les principes ; je ne me rons pas l'étomac ; adrettement les faire céder au tens et aux occurances présentes; exemple, la sciance du monde; il nous a laissées les paroles, conséquances ; — dans celui Sur l'éminente dignité des pauvres dans l'Église (1659) : pleindre; ausmosne; alandens; tandre; mistérieuse; etc.; — dans celui pour la Toussaint (1669) : contant; anchre; navige; atantions; corp; pront; etc.; — dans celui Pour le jour de Pâques (1681): compaigne; adjouttons; Taigneau; gouttant; je croi ; progez ; pante ; panchant ; ureiment (vraiment) ; os desseichez; squelette; décharnée, etc. *. Sa ponctuation était encore plus étrange.

A plus forte raison le choix ne saurait-il être infaillible parmi les variantes qui trahissent les hésitations successives de sa plume« La difficulté de Téditeur se complique ici de Fhabitude qu'avait Bossuet de ne jamais se recopier quand il exerçait des reprises sur d'anciens sermons. Il intercalait simplement dans un nouveau manuscrit cinq ou six feuillets de l'ancien. Quant à Tordre chronologique, il comporte encore bien des incertitudes, puisqu'il résulte d'hypothèses fondées sur l'écriture, la teinte du papier ou de l'encre, les tours de style, les circonstances de temps, de lieux et de personnes, la doctrine, les allusions faites aux événements heureux ou malheureux, aux victoires, aux défaites, aux traités de paix, aux calamités publiques.

L'accord ne s^est pas même produit sur les cadres généraux des campagnes oratoires où figura Bossuet. Ainsi, Ton a singulièrement grossi la liste des Carêmes ou des Avents qu'il prêcha, dans les chaires de Paris, durant les années d'apostolat qui s'écoulèrent de 1659 à 1670. Pour ce qui est des Carêmes, l'abbé Vaillant lui en attribue six. Plus généreux encore, M. Floquet en imagina deux autres. Or MM. Gandar et Brunetière ont de bonnes raisons pour estimer qu'il en faut rabattre, et que, selon toute vraisemblance, Bossuet fut uniquement chargé de quatre Carêmes, parmi lesquels deux seulement

1. Dans son édition des Sermoiis choisis (Paris, Hachette, 1882), M. Rébelliau a collationnë les textes sur les manuscrits de la Bibliothèque nationale.

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