LA MORALE DANS ÔES SERMONS
Nicolas Cornet.) Au lieu d'engourdir ou d'abattre ainsi la volonté, il la réconforte en lui parlant comme ferait tout honnête homme à sa propre conscience.
Aussi ne lui reprochons pas, comme on Ta fait très injustement, d'avoir été pliant et faible devant les forts. Non, il ne flatte pas les grands, et les vérités qu'il leur dit tombent d'aplomb sur les vices du temps. Quel autre a censuré plus énergiquement les habiles, les superbes, les égoïstes, les pharisiens, les hypocrites? Quel avocat des pauvres s'est plus sincèrement révolté contre la cruelle indifférence des riches? Il leur montre Lazare expirant à la porte de leurs hôtels et de leurs châteaux. Il compare leurs passions < à d'autres pauvres affamés et insatiables qui exigent l'aumône avec impudence, et l'arrachent par violence >. Que d'allusions directes à tous les faux semblants ! < L'impudicité ne perd-elle pas son nom pour prendre celui de galanterie ; et n'avons-nous pas vu le monde poli traiter de sauvages et de rustiques ceux qui n'avaient point de telles attaches?.... La dignité d'homme de bien se soutient plus par esprit et industrie que par probité et par vertu : on est assez réglé pour le monde, quand on a l'adresse de se ménager, et l'invention de se couvrir. » Que de précision et de franchise dans ses tableaux de mœurs : < Les dettes du jeu sont privilégiées ; et, comme si ses lois étaient les plus saintes et les plus inviolables, on se pique d'honneur d'y être fidèle..., pendant qu'on ne craint pas de faire misérablement languir des marchands et des ouvriers qui seuls soutiennent depuis si longtemps cet éclat que je puis bien appeler doublement trompeur et doublement emprunté, puisque vous ne le tirez ni de votre vertu, ni même de votre bourse : leur famille éplorée, que votre vanité réduit à la faim, crie vengeance devant Dieu, contre votre luxe. Ou bien, si l'on est soigneux de conserver son crédit en certaines choses, de peur de faire tarir les ruisseaux qui entretiennent votre vanité, on néglige les vieilles dettes ; on ruine impitoyablement les anciens amis, amis infortunés devenus ennemis par leurs bons offices : on ne les regarde plus désormais que comme des imposteurs qu'on veut réduire, en les fatiguant, à des accommodements déraisonnables, ou à qui l'on croit faire assez de justice quand on leur laisse, après
sa mort, les débris d'une maison ruinée et les restes d'un na;ufrage que les flots emportent. > Ailleurs on croirait lire Molière, quand il s'écrie avec Alceste : « L'amitié n'est qu'un nom en l'air dont les hommes s'amusent mutuellement, encore qu'on ne vit jamais plus de caresses, plus d'embrassenaents, plus de paroles choisies pour témoigner une parfaite cordialité. >
Quelle science dp la ville et de la cour, quelle pitié pour les humbles et quel mépris des insolents, lorsqu'il dit : c Les péchés qui naissent du besoin sont serviles et timides. Quand un pauvre vole, il se cache ; quand il est découvert, il tremble. Il n'oserait . soutenir son crime, trop heureux s'il le peut envelopper dans les ténèbres. Mais ces péchés d'abondance, ils sont superbes et audacieux; ils veulent régler : vous diriez qu'ils sentent )a grandeur de leur extraction. C'est là que la convoitise va tous les jours s^ subtilisant et renviant sur soi-même. Pendant que tout le monde applaudit, on se résout facilement à se faire grâce; et, dans celte licence infinie, on compte parmi ses ve.rtus tous les crimes dont on s'^^bstieçit. » Ne reconnaissez-vous pas encore la clairvoyance d'un juge, quand il tourne en dérision le zèle de ces mondains qui viennent à Dieu < pleins de leurs pensées, non pour entrer tremblants dans l'ordre de ses conseils, mais pour le faire entrer dans leurs sentiments. Vous prétendez que lui et ses saints épousent vos intérêts, sollicitent vos affaires, •favorisent votre ambition. Dans l'espérance de ce secours, vous lui promettez dç le bien servir, et vous voulez qu'il vous achète à ce prix, comme si vous lui étiez nécessaires. C'est méconnaître votre Sauveur, et traiter avec lui d'égal à égal. Vous mettez à la fin de la prière : Votre volonté soit faite, comme à la fin d'une lettre, votre serviteur. »
U ne oiénage pas davantage les prétendues pénitentes. Que de grandes dames durent se reconnaître dans cette plainte contre le luxe que la coquetterie apporte au pied des autels : « Que vous veniez dans ce temple mieux paréç que le teçiple même, que vous y veniez la tête levée orguoilleusemept, comme Vidole qui y veut être adorée.. i, que vous fendiez la presse a,vec grand bruit pour détourner sur vous et Içs yeux et les atteur tions que Jèsus-Christ présent deniande, que, pendant la terrible représentation du sacrifice sanglant du calvaire, vous