‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 183 sur 334 · B08SUET · texte numérisé non relu

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écmain clair, exact et probe, ne songeait, lui aussi, qu'à Tédifi cation des fidèles. Il se montra supérieur par la beauté de ses plans, la rigueur de sa dialectique, le tissu serré de l'exposition; l'autorité d'une irréprochable orthodoxie, la science du cœur humain, et la ferveur de sa charité. 11 c frappait comme un sourd > — selon le mot de Mme de Séyigné, à laquelle c il ôtait la respiration > >~ sur les vices assis au pied de sa chaire. Sa parole avait la véhémence d'un réquisitoire, t Silence, voici l'ennemi >, disait de lui le prince de Oondé. Il faisait trembler les courtisans. Mais sa méthode rappelle trop qu'il avait enseigné les sciences pendant dix-huit ans. Il n'est aucun terme qu'il ne définisse, aucune proposition qu'il ne prouve; il abuse de l'appareil technique. Dans la nudité do son style exact mais timide, véhément mais décoloré, vigoureux mais froid, il n'y a guère presque rien pour l'imagination, sauf de vivantes et suggestives peintures des mœurs contemporaines, avec force portraits redoutables. S'il est par excellence le prédicateur ordinaire qui fait un cours de christianisme pratique, et l'ouvrier apostolique distribuant le pain quotidien, s'il atteint sûrement la moyenne des auditeurs, il doit pourtant céder la palme à un génie dont le verbe est ailé comme celui des prophètes.

Quant à Massillon, qui reçut le redoutable héritage de ces deux maîtres, son enseignement devait se signaler aussi par des mérites qui s'accommodèrent à des temps nouveaux. La part du dogme déjà réduite par Bourdaloue, il la restreint jusqu'à la rendre imperceptible, ou ne la rappelle guère que par acquit de conscience. Sa doctrine n'est plus guère qu'une philosophie morale. Sans doute il fallait bien faire quelques avances à ces esprits qui se piquaient de ne connaître que la raison. Mais ces transactions qui donnèrent l'exemple du respect humain sont-elles dignes de l'Évangile et de ses ministres? Ne risquent-elles pas de compromettre les principes qtfelles désirent sauver? C'est une question que chacun résoudra selon ses sentiments. Toujours est-il que Massillon ne fut point homme à braver des oreilles superbes. Au lieu de résister à l'opinion, il crut plus sage de lui céder; et, pour compenser ce sacrifice, il rassura ses propres scrupules en exagérant les obligations du devoir jusqu'à désespérer les saints.

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