SERMONNAIRES RIVAUX : BOURDALOUE; MASSILLON
Telle est du moins Timpression que laisse son discours sur le Petit Nombre des élus; car il y apparaît, < Tépée eu main, dit M. D. Nisard, comme un ange exterminateur ». Or le péril de ce zèle intempérant ne serait-il pas d'ôter au pécheur le désir même de s'amender? Demander aux faibles plus qu'ils ne peuvent, c'est en effet les enfoncer plus avant dans l'inertie : voyant que l'innocence est interdite aux meilleurs, les uns se résignent à mériter l'anathème, et les autres en sourient; car il ne les effraie pas plus qu'une figure de rhétorique.
Ajoutons que, s'il est maître à son tour dans l'art de l'ampli-, fication, il fait montre de son industrie, au point qu'il nous semble parfois plus soucieux de plaire que de persuader. Ses divisions et subdivisions ne portent pas toujours sur l'essentiel ; il confond les petites raisons avec les grandes, énerve quelque-, fois son sujet à force de l'étendre, et a l'air d'avancer, lorsqu'il piétine. Enfin, tout en admirant sa richesse cicéronie^ne, les ressources ingénieuses de sa diction, une mélodie iqcomparable, et le savant équilibre de ses périodes symétriquement balancées pour le plaisir de l'oreille, nous applaudissons dans cette dextérité un contemporain des beaux esprits que charmait Fontenelle.
Mais ne soyons pas trop rigoureux pour des défauts qui se dérobent sous l'agrément. Puisque l'auditoire crée l'orateur, il faut bien que les formes du discours varient avec les mœurs. Seulement, si Massillon a pu être appelé le Racine de la chaire, mettons hors de pair celui qui en fut le Corneille et parfois le Pindare; car ses sermons restent l'exemplaire unique de lapins haute éloquence dans la plus belle des langues modernes,
DE L'ORAISON FUNÈBRE