‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 189 sur 334 · COMPOSITION ET STYLE DE SES ORAISONS FUNÈBRES · texte numérisé non relu

COMPOSITION ET STYLE DE SES ORAISONS FUNÈBRES

main, n'en paraissait pas plus grand, et les orateurs en sont moins naturels. • Bossuet est logicien, sans les procédés de la logique. C'est la dififérence dé Tordre et de l'arrangement. Il est de ces grands esprits qui ne raisonnent que par les idées principales. Au lieu d'indiquer sa route par des procédés qui ne semblent qu'un secours fait pour la mémoire, il ^'avance* d'un pas libre et naturel, déploie les événements à mesure qu'ils se produisent, selon le degré de leur importance, et ne montre son héros que dans le cadre où l'histoire le découvre à son intuition profonde. De l'ensemble ressort une physionomie vivante, qu'il éclaire des lumières de la foi : car tel est le foyer permanent d'une éloquence où le théologien et le poète ne font qu'un.

Parmi ces merveilles d'une imagination qui se met toujours au service de la doctrine, et ne vise qu'à persuader ou à convaincre par un enseignement efficace, à peine à-t-on le loisir de remarquer les incomparables richesses d'une diction qui, égalant les mots aux choses, ne fait aucun effort pour s'élever au sublime, et sait redescendre au ton le plus familier, sans que sa simplicité vraiment auguste ait jamais l'air de déroger. Ne pouvant analyser ici tous les mérites originaux d'un écrivain qui n'a point une forme particulière, mais s'accommode à chaque sujet par une franchise ingénue, dont le trait dominant est la justesse autant que la grandeur, rappelons du moins que la moelle des deux antiquités nous semble être le fond même de son style. Nourri des livres saints, dont les tours et les images sont devenus le mouvement naïf et l'involontaire essor de. sa parole, son français si neuf, si plein et si substantiel découle directement du latin, qu'il pratiquait avec autant d'aisance que sa langue maternelle et dont il usait quotidiennement dans les disputes de l'école, dans les lettres adressées aux prélats étrangers, dans les notes dont il chargeait les marges de ses livres. Ainsi s'explique cette abondance de sève qui se fait sentir non seulement dans l'expression, mais dans la contexture de ses puissantes périodes, et la liaison de ses phrases. Ses latinismes n'ont rien d'accidentel; ils lui échappent spontanément : c'est son habitude intime et, pour ainsi dire, le geste naturel de son éloquence. Même quand il invente, pour mieux dire ce qu'il

veut, c'est encore dans le sens de Tanalogie, et en vertu de l'hérédité latine. Aussi ses hardiesses ne sont-elles jamais des témérités ; elles obéissent à la logique de l'instinct populaire, et ces coups d'autorité s'acceptent comme des institutions nécessaires.

Mais il faut nous borner : terminons notre étude par la revue rapide des noms que l'erreur du goût contemporain opposa, préféra même à Bossuet. Bussy n'osait-il pas dire que l'oraison funèbre de Condé c ne faisait honneur ni au mort, ni à l'orateur », et Mme de Sévigné ne reproche-^elle pas à Bossuet t le parallèle un peu violent » de Turenne et de Condé?

Ses émules an dlx-septlèiiie sièele. — Parler de ses rivaux, c'est continuer son éloge : car, sans les déprécier, nous n'hésitons plus entre son génie et les talents qui lui font cortège ; Fléchier par exemple, que distinguent — dans ses oraisons, funèbres de la duchesse de Montausier (1672), de la duchesse d'Aiguillon (1675), de Turenne (1676) — une composition adroite, un développement soutenu, l'élégance d'un style grave, la. science d'une symétrie cadencée, une coquetterie ingénieuse, la noblesse, l'harmonie, la mesure, la discrétion, le fini des nuances, parfois même la magnificence; mais qui, ne s'oubliant jamais, calcule ses moindres effets, combine toutes ses émotions, et ne nous offre que l'excellence d'un langage académique. Pour ce qui est de Mascaron, il eut ses journées triomphales, et nous ne lui refuserons pas ce que Mme de Sévigné appelait des c bouffées d'éloquence ». Accordons même que son oraison de Turenne (1679) fut, comme disait son admiratrice, € une action pour l'immortalité ». Mais il y eut trop d'intempérance dans sa verve marseillaise, et les écarts de son goût compromettent trop souvent des beautés de premier ordre. Bourdaloue, non plus, ne soutient pas la comparaison; et^ malgré l'énergique simplicité .d'une forme toute désintéressée, son panégyrique de Condé prononcé cinq semaines après celui de Bossuet et devant lui, n'est, suivant le mot de Fénelon, que c l'ouvrage d'un grand homme qui ne fut'pas orateur ». Quant à Massillon, dont la prédication ouvrit avec tant d'éclat un âge nouveau, il dessine trop faiblement les caractères pour que ''^raison funèbre nous le montre tout entier. Cependant celle

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