‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 190 sur 334 · SES ÉMULES DANS L'ORAISON FUNÈBRE · texte numérisé non relu

SES ÉMULES DANS L'ORAISON FUNÈBRE

de Louis XIV s'annonce par un début sublime que ne dépare point la suite d'un discours brillant, mais parfois trop pompeux. Parmi les noms secondaires, signalons aussi le P. La Rue, qui fit l'oraison funèbre du maréchal de Luxembourg, du duc et de la duchesse de Bourgogne, enfin de Bossuet.

Décadence du genre an dix-Unitiènte siècle. — Du reste, bien que le genre fût encore populaire et que l'on ne compte pas moins de cinquante-trois éloges funèbres de Louis XIV, il touchait à sa décadence. Plus que jamais la parole de Dieu, malgré les censures de La Bruyère, devenait un spectacle, et de vastes affiches annonçaient en caractères monstrueux le nom des panégyristes. Les successeurs de Bossuet furent le P. Neuville, l'abbé de Boismont, qui manque de naturel, et M. de Beauvais, évêque de Senez, dont l'élégance est froide et la diction pure, mais terne.

Outre que, parvenus au sommet, tous les arts subissent un inévitable déclin, et deviennent la proie de l'imitation qui étouflTe l'inspiration, le changement des mœurs, des sentiments et des croyances devait précipiter la chute d'une éloquence qu'avait portée si haut, dans le siècle précédent, le culte de l'autorité monarchique et religieuse, l'esprit d'obéissance et de respect. On rencontre alors des oraisons funèbres jusque dans les lettres et les mémoires les plus familiers. Quand mourut le duc de Bourgogne, Saint-Simon écrivit : c La France tombe sous ce dernier châtiment. Dieu lui montra un prince qu'elle ne méritait pas. La terre n'en était pas digne. » Lisez Mme de Sévigné parlant de la mort de Louvois. Or ce temps n'était plus. Il y avait dans l'air d'irrésistibles courants de scepticisme. Toute tradition s'en allait en ruines. Sous l'action dissolvante de l'opinion, la chaire elle-même se sécularisait de plus en plus. Au lieu de puiser aux sources sacrées, elle semblait ignorer l'Écriture et les Pères. A la suite de Massillon qui en avait donné le signal, on ne prêchait plus guère que la morale sociale. On finit par disserter sur les petites vertus, le demi-chrétien, le luxe, V humeur ^ Végoîsme, l'antipathie, Vamitié, Vamour pateimel, la société conjugale, la pudeur, la compassion, la bienfaisance, ou même sur la sainte agriculture. Entraînée sur cette pente, l'oraison funèbre, elle aussi, cessa de propager la doctrine, pour devenir toute mon-

daine et profane. Ajoutons que la faculté d'admirer semblait découragée par l'ironie d'un dénigrement universel, aussi bien que par l'abaissement des caractères. Tandis que de froids panégyristes faisaient concurrence à Dorât ou à Thomas — par exemple le P. Fidèle de Pau, dans son insipide éloge du Dauphin, -^ les uns par la fadeur, les autres par l'emphase de leurs éloges, le discrédit du dégoût et de l'ennui s'étendit de jour en jour sur des rapsodies fastidieuses qui ne réussissaient plus à piquer l'attention que par des allusions politiques, sous lesquelles s'entrevoyaient les signes précurseurs d'une révolution. Au zèle évangélique s'était substituée l'amertume d'une censure parfois irrévérente qui, sous prétexte d'indépendance, manquait à la discrétion comme à la charité. Sur la tombe de Louis XV, l'abbé de Beau vais ne disait-il pas, d'ailleurs avec à-propos et courage : c Quand le prince parait en public, il n'entend plus retentir autour de lui les acclamations de ses sujets : le peuple n'a pas sans doute le droit de murmurer ; mais il a celui de se taire, et son silence est la leçon des rois »? Tout pouvoir était du reste tombé si bas, qu'il devenait malaisé de croire à la grandeur. Aussi la louange n'aurait-elle été qu'un mensonge oratoire. Mieux valut ce silence qui fut alors, plus que jamais, la leçon des rois. Notre étude n'est donc que l'oraison funèbre d'un genre qui, créé par Bossuet, ne lui survécut pas, et devait disparaître avec le régime dont il décora les fastes. Si, de nos jours, des voix éloquentes ont relevé ses traditions et les ont fait applaudir encore *, il y a lieu de régarder cette restauration comme passagère. Car les partis ont tellement divisé la France en factions hostiles, que les opinions ne sauraient s'accorder sur la valeur absolue des événements et de leurs acteurs. Chez nous, les morts offrent des armes aux vivants. Faisons cependant des vœux pour que notre démocratie n'imite pas l'ingratitude des Athéniens, et, au lieu de renverser les statues de ses grands hommes, s'honore elle-même par une patriotique reconnaissance.

1. Lacordaire a fait un brillant ëloge d'0*Connell, de M. Forbin-Janson, e surtout du général Drouot. Lamoricière a été bien dignement célébré par Mgr Dupanloup.

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