‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 197 sur 334 · ORAISON FUNÈBRE DE MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE MARIE-THÉRÈSE

s'imposent à la fille, à Tépouse, à la souveraine; en un mot, prodiges de la Grâce concourant à former l'exemplaire parfait d'une chrétienne qui, c malgré le tumulte de la cour, se fait une solitude parmi la foule », et y trouve c le Carmel d'Ëlie, le désert de Jean, la montagne si souvent témoin des gémisse*ments de Jésus », tels sont les traits de la figure que Bossuet propose comme un modèle à ceux qu'entraine le courant du siècle.

Le cadre d'où elle se détache est cet oratoire où Dieu la voyait, comme Esther,

Humilier ce front de splendeur couronné,

Et, confondant l'orgueil par d'augustes exemples,

Baiser avec respect le pavé de ses temples.

C'est « de là que les peuples croyaient voir partir la foudre qui accablait tant de villes » : car la vertu de ses prières l'associait aux triomphes de la France, et < les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent ».

Parmi ces enseignements éloquents, il y a des vérités faites pour Louis XIV, et l'on pourrait noter ici plus d'un conseil qui s'adresse à la conscience royalô, ne fût-ce que l'hommage rendu € à la prudence tempérée d'une femme sage, calmant les passions violentes qu'une résistance trop emportée ne ferait qu'aigrir ». C'est ainsi que Bossuet ne perdit jamais l'occasion d'exercer son devoir sacerdotal, jusque dans ces convenances qui s'imposaient à un discours de cérénuonie. Il sut donc toujours concilier le respect et la reconnaissance avec la liberté du prédicateur. Les ménagements conseillés par la charité n'adoucissaient sa parole que pour lui assurer plus d'efficacité : car sa maxime était de dire la vérité avec force, mais utilement, sans froisser Torgueil du souverain, sans le mettre en cause devant sa cour, comme un accusé devant ses juges, et sans porter atteinte à la majesté du trône; tempéraments qui ne l'empêchaient pas de pénétrer au fond d'un cœur, et d'y t porter le glaive », témoin encore la lettre courageuse qu'il écrivit au roi sur la Pénitence à la veille de la Pentecôte ^

1. Voir nos Extrait» classiques^ cours supérieur, prose, t. I, p. 114 (édition Ftturaat).

Péroraison. — Des leçons générales se dégagent aussi de ce discours dont certaines pages ont Tintimité d'une exhortation faite au confessional plus encore que dans la chaire. Tel est le caractère de la péroraison, où, rappelant que t la mort vient comme un voleur •, l'orateur sacré cherche à réveiller ces endormis que trompent < les plaisirs, le jeu, la santé, la jeunesse, rheureux succès des affaires, les flatteurs, parmi lesquels il faudrait peut-être compter des directeurs infidèles que nous avons choisis pour nous séduire, et enfin nos fausses pénitences qui ne sont suivies d'aucun changement de nos mœurs i. Ces austères avertissements tombaient d'aplomb sur cet auditoire frivole, où se trouvait, entre autres, Mlle de Montpensier, qui, au retour de cette fête funèbre, écrivit ces mots ; t Quand on sort de ces lieux-là, on est las ; chacun s'en va chez soi ; moi, j'allai à Eu, fort fatiguée des cérémonies des morts; elles m'avaient dmné des vapeurs. >

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