‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 196 sur 334 · ORAISON FUNÈBRE DE MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE MARIE-THÉRÈSE

Ce spectacle du ciel entr'ouvert prépare la division qui va résumer reloge : — // n'y a ritn que d'auguste dans sa personne ; — H n'y a rien que de pur dans sa vie ; tels sont les deux motifs que Bossuet développera, le premier avec la noblesse qu'exige une solennité officielle, le second avec Tonction d'un pasteur qui veut toucher des âmes, et la prudence d'une parole adroite à éviter les pièges de son sujet.

Prenière parlle. Il n'y m rien q«e d*Aagaslo dantt nm IM^psoniie. — Avouons que la première partie du panégyrique se prétait malaisément au ministère évangélique, et trahit quelque peu d'embarras. Nous oserons même dire, en dépit de Chateaubriand, qui prononce ici les noms d'Isaïe et d'Ézéchiel, qu'on sent trop les procédés oratoires dans cette fameuse apostrophe à Vik de la Conférence : « Ile pacifique, île éternellement mémorable où l'on vit se développer toutes les adresses et tous les secrets d'une politique si différente, où l'un se donnait du poids par sa lenteur, et l'autre prenait de l'ascendant par sa pénétration,... fêtes sacrées, mariage fortuné, voile nuptial, bénédictions, sacrifice, puis-je mêler aujourd'hui vos cérémonies avec ces pompes funèbres, le comble des grandeurs avec leurs ruines? i II y a là comme un air d'expédient, où se dénonce la gène d'une imagination qui s'excite à froid, et sMngénie trop à grandir de petites circonstances. Nous en dirions même volontiers autant de cette autre figure de rhétorique : t Cessez, princes et potentats, de troubler par vos prétentions le projet de ce mariage. Que Vamour, qui semble aussi le vouloir troubler, cède lui-même ! L'amour peut bien remuer le cœur des héros du monde,... mais il' y a des âmes d'un ordre supérieur à ses lois, à qui il ne peut inspirer des sentiments indignes de leur rang. » Signalons seulement dans ces derniers mots l'allusion faite à l'étoile pâlissante d'Henriette de Mancini, et l'analogie lointaine qui nous rappelle ces mots de Pauline disant à Sévère :

De quelque amant pour moi que mon Père eût fait choix, Quant à ce grand pouvoir que la valeur vous donne, Vous auriez ajouté Téclat d'une couronne ; Quand je vous aurais vu, quand je Taurais hai, J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi.

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Bossuet est plus à Taise lorsqu'il aborde la louange directe de Louis XIV qui c apprit à la nation à se connaître... », qui t foudroie les villes plutôt qu'il ne les assiège », qui « transforme la France en une seule forteresse, montrant de tous côtés un front redoutable », et c couvrant les mers de ses flottes victorieuses >. On retrouve en effet ici Tentente naturelle et Taf^ fmité vraiment intime qui existait entre le prélat et le souverain dont il dit : c La noblesse de ses expressions vient de celle de ses sentiments, et ses paroles précises sont Timage de la jus* iesse qui règne dans ses pensées ». Cet enthousiasme part du cœur, et devient tout à fait lyrique dans ce mouvement célèbre : t Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté. Tu disais en ton cœur avare : Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont en proie. La légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance; mais tu te verras attaqué dans tes murailles comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi les rochers, et dans le nid où il partage son butin à ses petits. » Remarquons toutefois que Bossuet enrichit ainsi l'indigence de sa matière, comme fit le Simonide de La Fontaine :

Le poète d*abord parla de son héros; Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire, Il se jette à côté.

Bn résumé, dans cette partie du discours, où il fallait montrer la reine auguste par ses aïeux, par son époux, par son fils -^ le grand et médiocre Dauphin, qui a, lui aussi, son grain d'encens, — le rôle de Marie-Thérèse n'est pas moins effacé qu'il le fut dans l'État.

Deaidènie faHle. Il n*y a rt^n que de pur éàÊm tm ^e* ^ Mais la seconde moitié de l'oraison lui appartiendra tout entière. Ici commence véritablement un sermon pratique.

Inaltérable pureté, ferveur pieuse et active, humilité dans la grandeur, délicatesse d'une conscience qui ne se pardonne pas les moindres oublis, renoncement el; sacrifices d'un cœur aussi tendre que courageux à supporter les déplaisirs ou les mortelles angoisses c qui se cachent sous la pourpre », fermeté dans les pertes irréparables, accomplissement de tous les devoirs qui

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