‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 204 sur 334 · ORAISON FUNÈBRE DE CONOÉ · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE CONOÉ

seul plusieurs légions; qui était grand dans la prospérité, plus grand, quand la fortune lui a été contraire : la levée d'un siège, une retraite Tout plus ennobli que ses triomphes ; Ton ne met qu'après, les batailles gagnées et les villes prises ; qui était rempli de gloire et de modestie ; on lui a entendu dire : < Je fuyais » avec la même grâce qu'il disait : c Nous les battîmes » ; un homme dévoué à TEtat, à sa famille, au chef de sa famille, sincère pour Dieu et pour les hommes, autant admirateur du mérite que s'il lui eût été moins propre et moins familier; un homme vrai, simple, magnanime, à qui il n'a manqué que les moindres vertus ».

Le revers do la médaille. — Cette médaille a son revers, et on l'entrevoit déjà dans le portrait de lui que nous fait le cardinal de Retz : c M. le prince est né capitaine, ce qui n'est jamais arrivé qu'à lui, à César et à Spinola. Il a égalé le premier, il a passé le second. L'intrépidité est un des moindres traits de son caractère. La nature lui avait fait l'esprit aussi grand que le cœur. La fortune, en le donnant à un siècle de guerre, a laissé au second toute son étendue. La naissance, ou plutôt l'éducation, dans une maison attachée et soumise à son cabinet, a donné des bornes trop étroites au premier. L'on ne lui a pas inspiré d'assez bonne heure les grandes et générales maximes qui sont celles qui font et forment l'esprit de suite. Il n'a pas eu le temps de les prendre par lui-même, parce qu'il a été prévenu, dès sa jeunesse, par la chute imprévue des grandes affaires, et par l'habitude au bonheur. Ce défaut a fait qu'avec l'âme du monde la moins méchante il a commis des injustices; qu'avec le cœur d'Alexandre, il n'a pas été exempt non plus que lui de faiblesse; qu'avec un esprit merveilleux il est tombé dans des imprudences ; qu'ayant toutes les qualités de François de Guise il n'a pas servi l'Etat en de certaines occasions aussi bien qu'il le devait, et qu'ayant toutes celles de Henri du même nom, il n'a pas poussé la faction où il le pouvait. Il n'a pu remplir son mérite : c'est un défaut, mais il est rare, mais il est beau. »

Non, la postérité ne doit pas oublier le rôle joué, durant la Fronde, par le prince français qui se révolta contre son pays et son roi, s'obstina pendant huit années dans la trahison, et ne rendit les armes qu'au jour où l'impuissance de ses alliés le

^iS Bû8suinr.

réduisit à solliciter sa gràeô« Aussi ino&moiode à ses «mis qu'à ses enuemis, Condé finit par baisser la tète devant un roaitre, mais uoQ sans avoir voulu disputer à l'Espagne le prix de ses services, et à la France le gage de sa réconciliation. C'est oe que prouve la note qu'il remit h Madrid durant les préliminaires de la paix des Pyrénées. Il y emploie tour à tour l'audaee et la di3simulation; il entend qu'on lui rende tous ses biens» honneurs et gouvernement». U lui faut une position de souverain indé« pendant, la Franche-Comté, par exemple, t f%n pùmra «arvtV de Ti^mite é iaus Itê mé^(mti»ii de Fnmùé >• Au heaoin, il aoeeplara Cambrai, pourvu qu'on y joigne le Gambrésis et le Catelet; mais à condition qu'on assure à son fils un gouverneiUent en France, et la chwrge de grand-maitre, 11 n'oublie pas même le million d'éctts promis par r£spagn€> : il exige qu'il lui soit payé argent comptiM^tl

En revanche, il fut aussi humble pour obtenir l'oubli do sa faute qu'il avait été insolent contre la faiblesse de ses adversaires* Mais insister sur ces misères de ^and seigneur, serait irrévé* rençe envers le génie de Bossuet, et ingratitude envers le vain* queur de Rocroy. Soyons donc aussi cléments que Louis XIV disant au coupable, qui s'egenouiUait devant lui pour implorer son pardon : « Mon cousin, après les grands services que tous avez autrefois rendus k m« oouronne, je n'ai garde de me ressou^ venir d'un mal qui n'a apporté de dommage qu'à vous-même ». Après tout, on se pla&t à penser que ces nobles esprits, que oes coeurs impatients et égarés n'étaient pas à l'origine aussi livrés à leur sens personnel et pervers qu^ils le parurent depuis, quand les passions et les cupidités de ohaeun furent déchaînées. Un des plus grands malheurs des guerres civiles est de corrompre ou du moins d'égarer bientôt les plus généreux ^

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