‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 203 sur 334 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

Relations de Bossaet et de Cw^àém — Les relations de Bossuet et de son héros remontaient à Fépoque même où ce dernier vint succéder à son père dans le gouvernement de la Bourgogne. Sa faveur était acquise d'avance à la famille des Bossuet qui, depuis longtemps, y jouissait d'une haute estime. Grâce à

ORAISON FUNÉaBAB DE CONDÉ. 40»

66 patronage, hb oncle du jeiine Bénigne fut nommé YÎcomte^ majeur de D^on. Un autre, airoeat au oonaeil,.ne cessa pas d*étre l^intermédiaire officiel du prince, toutes les fois que œlui'O) quittait sa province* Ce fut au retour de ^expédition de Catalogne, en novembre i64?> que, passant par Dijon, Condé se vit soUicitâ par Claude Qossuet d^acoepter la dédicace da la première thèse où son noTau allait faire Tessai publie de sa toience et de son talent. Or nous savons que, dans la soirée du H janvier 1648, le vainqueur de Rocroy se rendit, escorté de fiambeaujc, avec une suite imposante, au collège de Navarve, pour y entendre le théologien adolescent qui deyait y disputer sur les attributs de Dieu. 11 parait même qu'il eut la tentation de prendre part à un combat tout nouveau pour lui. t L'imagination, dit M. Patin» aime k s'arrêter sur cette première rencontre de deux hommes extraordinaires que rapprochait, malgré des fortunes et des conditions si diverses, une certaine ressemUance de génie; qu'allait unir, pendant leur vie, le sentiment d'une admiration réciproque, et, dans la postérité, le partage d'une gloire où se confbndent le héros et Torateur. ».

lU ne cesseront pas en effet d'être attirés l'un vers l'autre par cette espèce de curiosîté ou de sympathie qui fait rechercher aux grands esprits la compagnie de leurs pairs.

Le prince, que ses infirmités avalent éloigné du commande* ment des armées depuis la campagne de 1675, s'était fixé défini* tivement à Chantilly, vers 1680, peu de temps après la mort de sa soeur la duchesse de Longueville. Cette noble retraite, embellie par son nom et le souvenir de ses victoires plus encore que par les merveilles de Tart, lui fut alors un autre Versailles, dont Mme de Sévigné put dire : < M . le prince est là dans son apo* théose. Il y vaut mieux que vos héros d'Homère i » Or Bossuet figura toujours au premier rang des privilégiés qu'il conduisait < dans ses superbes allées, au bruit de tant de jets d*eau qui ne se taisaient ni jour ni nuit ». La douceur d'une telle fréquentation était précieuse et comme indispensable à une conscience chrétienne où se faisait sentir le vide des ambitions humaines, et qui s'ouvrait enfin à ces sentiments religieux dont la sérénité consola sa vieillesse. Les liens qui unirent ces deux âmes supérieures devinrent donc de plus en plus intimes ; et chex Bossuet

cet attachement fut assez profond pour survivre à celui qui en était Tobjet. L'ancien précepteur du Dauphin ne s'imposa-t-il pas Toftice volontaire de surveiller avec une tendre sollicitude l'éducation du petit-fils de Gondé ? Un an avant sa mort, il assistait encore aux leçons de ses maîtres.

Aussi n'eut-il qu'à écouter son cœur, lorsqu'il fut choisi par Louis XIY pour satisfaire par un éloge solennel c à la reconnaissance publique et aux ordres du plus grand des rois ». Ce devoir suprême lui était réservé par une sorte de prédestination : car en 1660, préchant devant Gondé qui venait de rentrer en France, Bossuet lui souhaitait c une gloire plus solide que celle que les hommes admirent, une grandeur plus assurée que celle qui dépend de la fortune, une immortalité mieux établie que celle que promet l'histoire, et des espérances plus durables que celles dont tous les hommes flattent les héros ». Or, vingt-six ans plus tard, l'oraison funèbre qu'il prononça, le 10 mars 1687, dans l'église de Notre-Dame, ne fut que la confirmation et l'accomplissement de cette prière prophétique.

Portrall da prince par La Bruyère. — Avant d'entendre Bossuet, écoutons l'hommage que La Bruyère rendit à la mémoire de son protecteur, dans le chapitre du Mérite personnel : < Emile était né ce que les plus grands hommes ne deviennent qu'à force de règles, de méditation et d'exercice. Il n*a eu, dans ses premières années, qu'à remplir des talents naturels et à se livrer à son génie. Il a fait, il a agi, avant que de savoir; ou plutôt il a su ce qu'il n'avait jamais appris. Dirai-je que les jeux de son enfance ont été plusieurs victoires? Une vie accompagnée d'un extrême bonheur joint à une longue expérience serait illustre par les seules actions qu'il avait achevées dès sa jeunesse. Toutes les occasions de vaincre qui depuis se sont offertes, il les a embrassées; et celles qui n'étaient pas, sa vertu et son étoile les ont fait naître : admirable même, et par les choses qu'il a faites, et par celles qu'il aurait pu faire. On l'a regardé comme un homme incapable de céder à l'ennemi, de plier sous le nombre ou sous les obstacles, comme une âme de premier ordre, pleine de ressources et de lumières, qui voyait encore où personne ne voyait plus ; comme celui qui, à la tête des légions, était pour elles un présage de victoire, et qui valait

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