‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 209 sur 334 · ÉDUCATION ET DÉBUTS; LE PRÊTRE; LE MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION ET DÉBUTS; LE PRÊTRE; LE MISSIONNAIRE

pices de son oncle, le marquis de Fénelon — un de ces grands seigneurs qui conservaient les plus pures traditions d'une polii tesse où se confondaient la dignité patricienne et les généreux sentiments d'un cœur haut placé. A l'élégance des manières et aux agréments de l'honnête homme s'alliait chez lui l'austé' rite des principes; aussi son influence dut-elle agir sur le caractère d'un neveu qu'il aimait comme son fils, et dont il produisit dans le monde les qualités brillantes. On raconte en effet qu'à l'âge de quinze ans à peine, l'abbé de Féneloxi renouvela l'épreuve oratoire par laquelle Bossuet avait étonné l'Hôtel de Rambouillet. Mais, alarmé par des applaudissements dont la douceur lui parut périlleuse, le marquis crut devoir dérober à des succès trop profanes un talent qui, du reste, lut heureux de fuir ces tentations de l' amour-propre. Sans se laisser éblouir par une faveur pleine de promesses, le jeune abbé se livra donc courageusement à la science théologique, durant plusieurs années recueillies et ferventes, qui s'écoulèrent au séminaire de SaintrSulpice, sous la forte discipline de M. Olier et surtout du docte théologien M. Tronson, dont les vertus et la doctrine le guidèrent vers le sacerdoce.

Le prêtre, le direetenr des Nouvelles Catholiqaefe. Le missionnaire (f 67S-f 685). — Ordonné prêtre à vingt-quatre ans (1675), il rêvait de missions du côté de la Grèce, où l'appelaient ses souvenirs classiques et ses ambitions évangéliques. C'est ce qu'atteste l'enthousiasme ingénu d'une lettre en date du 15 octobre 1675 où l'on pourrait voir la préface lointaine du Télémaque, Quant à la prétendue velléité d'aller au Canada que lui prête son biographe le cardinal de Bausset, c'est une erreur, fruit d'un quiproquo. Le Fénelon qui voulait aller au Canada, qui y alla en effet, en 1667, et y mourut en 1679, c'est le frèrç aine de notre Fénelon, sulpicien comme lui. Pour le cadet, les instances de sa famille finirent par le retenir en France, pu lui fut bientôt confiée la direction des jeunes protestantes qui, récemment converties, achevaient leur éducation religieuse dans la Maison des Nouvelles Catholiques, placée sous l'autorité du ministre Seignelay. A ces fonctions délicates où se déploya, durant dix années, sa charité prudente et persuasive, nous devons le plus charmant des livres, le Traité sur Véducçttion des

filles, composé en 4681, publié en 1687, admirable fruit d'une expérience discrète et hardie, venant d'un esprit fin, d'un cœur pur et d'une raison supérieure. Écrit pour la duchesse de Beauvillier, il apprend encore à peu près tout ce qu'une mère de famille doit savoir sur un si cher sujet.

A cette époque aussi remontent ses Dialogues sur Véloquence, qui furent sans doute composés entre les années 1681 et 1686, et publiés en 1718. Pendant le carême de 1684, Fénelon et l'abbé Fleury, réunis à Meaux près de Bossuet, prêchaient tour à tour avec lui, sans autre préparation que la prière, avec une onction familière dont la liberté rappelait les beaux jours de la primitive Eglise. Ce fut probablement pour fixer ces souvenirs, et pour l'instruction des prédicateurs novices, que fut tenté cet essai judicieux où la pensée littéraire est dominée par l'intention d'ouvrir à l'éloquence de la chaire des voies plus religieuses, de la délivrer des servitudes scolastiques, et de substituer à la froideur, à la recherche, au vain âouci de plaire, l'idéal du vrai, du simple, du naturel et de l'aimable, ô'est-àdire l'exemple des anciens, mais tempéré par les qualités propres dans lesquelles Fénelon excellait entre tous. Quelle preuve n'en a-t-on pas dans cet admirable sermon dit de VÉpiphanie, qu'il prononça sur la Vocation des gentils, en janvier 1685, et qui, par les sentiments et l'éclatante poésie des images, dans la première partie, par la mélancolie du reste, et par toute ^on éloquence si enthousiaste et si pressante à la fois, soutient sans pâlir la comparaison avec les chefs-d'œuvre de Bossuet!

Mis en vue par les succès de sa parole, qui sut paraître originale dans le voisinage de Bossuet et de Bourdaloue, il ne tarda pas à être chargé d'une mission en Saintonge et en Aunis, vers le temps où une intolérance impolitique préludait à la révocation de l'édit de Nantes. Les lettres datées de ces provinces nous le montrent doux, humain, insinuant, très habile à manier les consciences, à ménager des volontés rebelles et à faire aimer la vérité, au lieu de l'imposer par contrainte. Mais si quelques esprits sages approuvèrent cette mansuétude, elle se vit contrariée ou blâmée par d'autres, et leurs rancunes réussirent même, à priver Fénelon d'une distinction bien due à ««s mérites : ear^ désigné pour l'évêché de Poitiers et la coad»

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