ORAISON FUNÈBRE DE CONDÉ
Sévigné, parlant de Toraison funèbre prononcée par Bourdaloue' : € Je gâte cette pièce par la grossièreté dont je la croque. C'est comme si un barbouilleur voulait toucher à une toile de Raphaël ».
Péroraison. — H est encore plus vrai que toute analyse se sent impuissante devant cette incomparable péroraison qui invite t les peuples, les princes et les seigneurs à venir voir le peu qui nous reste » du grand capitaine < dont Tombre même eût pu gagner des batailles ». Mais tout en versant, lui aussi, € ses larmes avec des prières », Bossuet laisse à ceux qui le pleurent la consolation de T c immortalité bienheureuse », au sein de laquelle il le verra t plus triomphant qu'à Fribourg et à Rocroy ». Cette espérance est Tadieu touchant du pasteur que € ses cheveux blancs » avertissent de réserver à son troupeau € les restes d'une voix qui tombe, et d'une ardeur qui s'éteint ».
1. Bourdaloue, qui eut l'influence la plus directe sur les dernières années du prince de Condë, prononça son oraison funèbre six semaines après Bossuet. Il ne fût pas écrasé par la comparaison, et put se soutenir en face du chefd'œuvre. Il eut même l'avantage par un côté ; son langage est plus vrai, plus conforme à la chaire chrétienne.
Laissant de côté la vie glorieuse et mondaine du prince, il ne voulut s'atta^ cher qu'à son cœur, à ce qui s'y conserva d'intègre, de droit, de fidèle, jusque dans ses infidélités envers son roi et son Dieu. 11 va dégageant de plus en plus cette partie pure, héroïque et chrétienne, jusqu'à ce qu'il la considère en plein, dans la maturité flnaiOf bien qu'un peu tardive, de ses dernières années.
PORTRAIT BIOGRAPHIQUE
L'hamanisle. — Né le 6 août 1651, au château de Fénelon, en Périgord, François de Salignac de Lamothe-Fénelon, fils de Pons Salignac, comte de Lamothe-Fénelon, et de Louise de la Cropte de Saint-Abre, fut entouré, dès le berceau, de tendre dévotion, et préparé aux délices du pur amour par la piété d'une mère qui consacra son fils à la sainte Vierge. Un docte précepteur conduisit de bonne heure sa précoce intelligence à la double école de Rome et d'Athènes ; mais les préférences de l'enfant allaient d'instinct vers les grâces de l'esprit grec. Homère surtout enchanta ses premières années, et YOdys$ée^ plus encore que VUiade, ravit une imagination qui semblait se reconnaître dans la simplicité de ces naïves peintures. A douze ans, il lisait aussi Sophocle et Démosthène. Quant aux Latins et à leur génie plus viril ou plus pratique, ils eurent pour lui moins d'attrait. Il les fréquenta pourtant avec complaisance; mais ses prédilections furent, parmi les prosateurs, pour Cicéron et Tite-Live, plutôt que pour Sénèque ou Tacite ; et, parmi les poètes, pour les Muses harmonieuses et sensibles, Térence, Virgile et Catulle lui-même, qui parlaient à son cœur ou flattaient son goût, bien plus que Lucrèce et son abrupte grandeur, que Lucain et son éloquence tourmentée.
Après avoir terminé ses humanités dans un milieu tout patriarcal, et fait sa philosophie à l'université de Gahors, il compléta ses études au collège du Plessis, à Paris, sous les ans*