‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 215 sur 334 · LETTRE A L'AGADÉMIE SUR LA LANGUE. 43B · texte numérisé non relu

LETTRE A L'AGADÉMIE SUR LA LANGUE. 43B

Projel d^enriehlr lu languie. Goût libéral» nuilii aventureux) arehaisme, néologismes, mots composée. — Si le prér sent n*enchaine pas TaTemp^ il ne faui.point qu'il dédaigne les siècles passés, mais plutôt qu'il s'enriehtssé de. leurs, ressources. Or il semble à Fénelon c qu'en voulant purifier «notre (langue, on l'a trop iMppauviHe et gênée ^ depuis environ ceoJt ans. Au lieu d'être, comme Boileau, contempteur superbe des âges précér dents, iL recette donc^' avec La Bruyère, l'ancien âdîoine^.qu'U apprécie fort c dans Marot, Amyot et le cardinal d'ûssat, dans les ouvrages les plus enjoués et les plus sérieux. Car il ayait je ne sais quai de eourt^ de.naïfi dekardi^ de vif et dépassionné» j» Cette protestation lait grand honneur à un. goût émiQ^n;)tfnekit libéral, et l'on ne saurait mieux penser ni. mieux dire. Mais Fénelon ne va-t-il pas un peu loin,, quand il ajoute : f.Je vou|drais ne- perdre aucun terme, et en «acquérir de nouveau?^ »? Oui, il nous paraît que c'est exagérer l'insuffisance de l'instriif: ment dont il se servait si bien, ayeo ses grands contemporasûisl

Nous n'approuverons pas non plus sans restrictions le» oxpé^ dients dont il s'avise pour combler des lacunes imaginaires. Nous ne parlons point ici de ces mots étrangers dont il autorise, à bon droit, l'importationi par l'exemple des Latins et des Anglais. Xes néologismes, il est bon de les admettre dans les cas indispensables, pourvu toutefois que cette liberté ne dégénère pas en ime licence qui méconnaîtrait les. lois de l'analogie, et finirait pa£ altérer le -fond même de notre vocabulaire national. Souvenons-^ nous que c'est un des plus hardis, écrivains de notre, langue, Victor Hugo, qui a. appelé, le néologisme >< une triste.» ressources pour l'impuissance ». Mais n'y a-trlLpas imprudence à-sou» conseiller l'essai des mots composés^ rappelant le procédé gréc^ comme pantocrator^ glaucopis^ei euchnémidest Renouveler la tenr. tative dite de Ronsard -— mais qui ne fut qa'un jeu de quelquesuns de ses plus obscurs disciples * v- serait évidemment s'ex-i poser au même ridicule ; et ces prétendues richesses, ne fera;ient que nous appauvrirv . , . .

Il y a bien aussi quelque péril à prôner trop 4Mxmplàisiu»meiit . : * ■ "■-' • ' '■:■■>

1. Voir Précis historique et critique de la littérature française, par Eugène Lintilhac (2« éd.), 1. 1, p. 189- sqq. (Paris, Andrë-Guédon).

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ceft alliances de mots t qu'on n'a pas coutume de mettre ensemble », comme les expressions latines remiginm alarum et lubrieus adspici (rames aériennes [Virgile parlant dlcaxe, VI, 49]; Vultus nimium lubrictts adspici [Horace, 0., I, 19, y. 8] : un visage qu'il n'est pas sûr de regarder) : car, si ces combinai* soiis réussissent à des écrivains de marque, ils nous avertissent eux-mêmes de n'en user que très sobrement ; et si le procédé dévenait habituel, la simplicité risquerait d'en souffrir.

A plus forte raison Fénelon fait-il fausse route quand il défère à l'Académie le droit de créer des locutions pour des idées nouvelles; car ce privilège n'appartiendra jamais qu'au génie, ouj mieux encore, à l'invention populaire dont l'anonyme v'ertii produit seule ces générations spontanées. Du reste, l'ob* jection n'échappe pas au sens éveillé de Fénelon : il n'a voulu que flatter ici Tamour-propre de la docte Compagnie, et remarque malicieusement que k le public se révolterait, si elle faisait un édit, avec une affiche, en faveur d'un terme nou< veau ».

r En résumé, plus d'une velléité chimérique se glisse dans ces aperçus ingénieux auxquels des juges sévères peuvent reprocher de contrarier le tempérament naturel de notre langue. Parti de ce principe qu'elle s'est exténuée jusqu'à l'indigence — ce qui était: fort exagéré, — Fénelon en tire des conséquences qui, appliquées à la lettre et sans les ménagements dont il enveloppe ses hardiesses, mèneraient peut-être à une décadence.

Projet de rhétorique i autorité du maître* Anelens et Vodemes. Lés orateurs de la ehalrei Oémosthène et d^ron* Définition de réioquence* — Nous serons plus à l'aise pour louer pleinement le chapitre où il substitue enfin des- doctrines fécondes, une érudition vivante, des lois sûres, et des jugement^ définitifs à la sécheresse des préceptes arbi^ traires, et à l'artifice de ces procédés ingrats qui constituaient jusqu'alors, ou encombrent aujourd'hui même plus d'un aride traité de rhétorique. Lui, il réduirait volontiers la sienne c à n'être que là fleur delà plus pure antiquité, dont on ferait un ouvrage court, exquis et délicieux »,

Laissant donc de côté le lourd bagage de l'école, il va droit à réloqûénôe même ; et, préoccupé de là dispute qui mit alors

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