‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 224 sur 334 · A LA BRÈDE : OPUSCULES; ESPRIT DES LOIS. 47S · texte numérisé non relu

A LA BRÈDE : OPUSCULES; ESPRIT DES LOIS. 47S

tous les tyrans qui vont naitre dé ce despotisme accepté comme un bienfait, ou souffert comme une nécessité par des âmes lâches et indignes de la liberté. Mentionnons encore Tépisode de Lysimaque où respire l'orgueilleux enthousiasme du stoïcisme.

Sen Idée fi!ce« L'Esprit des Lois. Infatigable labeur. Ses auxiliaires. L'œuvre parait & Genève, en 4748. — Sous leurs titres spéciaux, les études dont nous venons de parler n'étaient que les chapitres détachés du grand ouvrage auquel nous conduisent ces degrés successifs ; car celui-ci fut la première et la dernière pensée do Montesquieu. Oui, dépuis 4724, à travers les salons et les pays étrangers, comme dans la solitude de la Brède, il ne cessa pas de porter en lui VEsprit des Lois, C'était le quartier général de la longue enquête qu'il poursuivit depuis vingt-cinq ans.

Ses amis en avaient eu déjà la confidence, entre aijtres d'Ar genson qui, dès l'année 1736, exprimait ce pronostic : < Je crains bien que l'ensemble n'y manque, et qu'il n'y ait plus de chapitres agréables à lire, plus d'idées ingénieuses et séduisantés que de véritables et utiles instructions sur la façon dont on devrait rédiger les lois et les entendre. » C'était juger bien sévèrement ce qu'on pourrait appeler l'idée fixe d'une si puissante intelligence; car ce livre ne fut pas seulement élaboré dans le cabinet. Soit qu'il causât diplomatie avec lord Waldegrave, stratégie avec le prince Eugène, finances avec Law, soit qu'il observât le mouvement sociaLdans le commerce du monde, Montesquieu sut puiser à toutes les sources d'information, comme l'attestent six volumes in-quarto d'extraits, de réflexions et de notes rédigées de sa main. Mme GeofTrin disait : t Cet homme venait faire son livre dans la société. Il retenait tout ce qui s'y rapportait. Il ne parlait qu'aux étrangers dont il croyait tirer quelque chose d'utile », et lui-même nous confie : € Le malheur de certaines lectures, c'est qu'il faut se tuer à réduire ce que l'auteur a pris tant de peine à amplifier ». C'est dans ces six volumes de fiches qu'il réunit ses idées éparses, avant de les ordonner en corps de doctrine, ou de les formuler en axiomes : bel exemple de cette longue patience qui est une des conditions du génie!

Aux abords de l'heure décisive où il fallait satisfaire à Fattente du public, il y eut trois années d-ardente activité (1743-46), pendant lesquelles nous le voyons, en sa terre de Guienne, dégrossir sa matière, avec la collaboration • de son fils Secondât, de sa fille Denise, de son secrétaire d'Arcet, et de l'abbé Guasco, homme de bon conseil et d'agréable érudition. Puis suivirent encore deux autres années de lutte vaillante lorsqu'il s'agit de fixer la forme et de graver le trait sur l'airain. 11 faillit y perdre la vue ; il succombait de lassitude. Ne lisons-nous pas dans sa correspondance : t J'ai pensé me tuer, depuis trois mois, afin d'achever un morceau qui formera trois heures de lecture. Cela m'a coûté tant de travail que mes cheveux en sont blanchis. » Enfin, en i748, parut l'œuvre où Montesquieu surpassa les espérances de ses amis mêmes. Pour échapper à la censure, elle dut être imprimée à Genève, d'où elle se répandit en France à la dérqbée, tandis qu'elle était accueillie en Angleterre et en Italie avec une telle faveur qu'on en fit vingt-deux éditions en dix-huit mois, et qu'elle fut traduite dans toutes les langues de l'Europe. VEsprit des Lois avait été publié en France dans les premiers jours de novembre, en deux vol. in4o, chez Barillot; mais malgré des corrections attestées par 14 cartons il y avait été interdit. L'ouvrage contient 32 livres. Dans le XI®, le chapitre des Lois qui forment la liberté politique est l'analyse de la constitution anglaise qui devait tant infiu^r sur nos futurs hommes d'Etat. Il portait cette épigraphe hautaine : Prolem sine maire creatam (Ovide). Montesquieu voulait dire qu'il n'avait pas eu de modèle. Quelques-uns ont prétendu qu'il faut traduire sans mère par sans liberté. Cette leçon est au moins douteuse.

Le g^and esprit sons le bel esprit. L'Initiateur* Le citoyen. — Si les craintes du marquis d'Argenson furent parfois justifiées, si Mme du Duffand put dire trop malicieusement : « C'est de l'esprit sur les lois », il n'en faut pas moins honorer d'une admiration reconnaissante un de ces génies qui ont eu la gloire de restituer à l'humanité ses titres les plus précieux. Qu'il y ait là des contradictions, des lacunes, des problèmes suscités sans être résolus, des opinions trop exclusives, des citations inexactes, une méthode arbitraire ou discursive qui morcelle

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