I. — Voltaire historien
Déeadenee du genre historique sous Louis XIV et sons I.onis XV. — Si Ton excepte l'incomparable génie de Bossuet ou Texcellent style de Saint-Réal et de Vertot, l'histoire, sous Louis XIV, était bien dégénérée de ce qu'elle avait été au xv® et au xvi^ siècle. Pour conserver sa franchise, elle dut se dérober dans le secret des mémoires posthumes. Mais, en dehors de ces confidences qui pouvaient tout dire, nous ne voyons qu'une rhétorique officielle, imposant au passé ses mensonges oratoires. Outre qu'une circonspection pusillanime défigure ou supprime lés faits, un art de convention falsifie la couleur des événements et des mœurs par un perpétuel anachronisme qui donne aux acteurs d'autrefois le costume des contemporains.
Cette contrainte, qui s'aggrava dans les dernières années de Louis XIV, dura, même après sa mort, dans la licence qui suivit. En 1715, un érudit bien moins célèbre qu'il ne le mérita, Nicolas Fréret, auteur du beau mémoire sur la Certitude historique, était embastillé pour avoir osé dire que les Francs ne formaient pas une nation à part, et avaient reçu de l'empire romain le titre de patrices. A plus forte raison les questions récentes
1. Cf. Voltaire et la société au XVIII* siècle, par M. Gustave Désnoirestenres, tome Y ÏU, Épilogue, Paris, Didier,