‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 258 sur 334 · SES LETTRES INTIMES · texte numérisé non relu

SES LETTRES INTIMES

gements. « Lorsque Baculard d'Arnaud — le lacrymal auteur de Comminges et la future et ridicule victime des Mémoires de Beaumarchais — vient emprunter trois francs, écrit-il à Tabbé Moussinot, il faut lui en donner douze. > Sa générosité prend les devants s«r la prière ; écoutez : c Je vous prie, si vous avez de l'argent à moi, de délivrer cent livres à M. Berger, et, si vous ne les avez pas, de vendre vite quelqu'un de mes meubles pour l'en gratifier ». Quant à Mlle Corneille, descendante de l'auteur du Cid, qu'il appelle à Ferney, fait élever chrétiennement, dote avec les Commentaires de son grand-oncle, et marie religieusement à un capitaine de dragons. Voltaire ne veut pas qu'on en parle. « If est-ce pas le devoir d'un vieux soldat de servir la fille de son général? » Mais il sait bien qu'on ne s'en taira pas.

L'ami. Les leltres intimes. ^ Que serait-ce donc si nous passions en revue tous les camarades d'enfance qu'il aida jusqu'au dernier jour de ses deniers et, ce qui vaut mieux, de ses conseils? Il eut beau faire des ingrats, il ne se guérit pas de cette noble faiblessse, et put se vanter, en 4774, de n'avoir jamais ni succombé sous ses ennemis, ni manqué à ses amis, et certes il eut au moins le droit d'écrire : « J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage ». Si dans sa philanthropie publique on a voulu, bien à tort, ne voir que l'ostentation d'un rôle populaire, on ne cherchera pas du moins chicane à la sincérité de ses sympathies pour des infortunes privées. A qui Je calomnierait ainsi, répondeat victorieusement ses lettres à Thiériot. Quelle discrétion et quelle vigilante sollicitude ! Quand, malgré les refus d'un épicurien qui vit au jour le jour, il insiste pour lui faire accepter un poste honorable près du duc de Richelieu *, il est vraiment autorisé à dire : c J'ai fait pour vous ce que je ferais pour mon frère, pour moi-même ». Nous ne recommanderons pas moins la verte mercuriale où il gronde sa paresse * ; car le père le plus tendre et le plus éclairé ne parlerait pas mieux à son fils : « Vous vivez comme si l'homme avait été créé uniquement pour souper, et vous n'avez d'autre existence

1. Octobre 1734. Voir nos Extraits des élastiques français : cours supérieur. Éditeur Fouraut.

2. 12 juin 1735. Voir nos Extraits des classiques français, ou l'édition des lettres de Voltaire par M. Fallex.

que depuis 10 heures du soir jusqu'à 3 heures après minuit.... Il faut vous préparer une arrière-saison tranquille, heureuse, indépendante. Que deviendrez-Tous, quand tous serez malade et abandonné? Sera-ce une consolation pour tous de dire : € J'ai a bu du vin de Champagne autrefois en bonne compagnie »? Songez qu'une bouteille qui a été fêtée quand elle était pleine d'eau des Barbades, est jetée dans une cour dès qu'elle est cassée, et qu'elle reste en morceaux dans la poussière.... Si je vous aimais moins, je vous plaisanterais sur votre paresse : mais je vous aime, et je vous gronde beaucoup.... Buvez du vin de Champagne avec des amis aimables; mais faites quelque chose qui vous mette en état de boire un jour du vin qui soit à vous. V Que d'affection sous ces sévérités ! Elles sont dignes de celui qui, dans une heure de malentendu, disait au même Thiériot, coupable pourtant de plus d'une grosse indélicatesse à son endroit : « Deux vieux amis qui se brouillent se déshonorent. Oui, il est de votre honneur de rester mon ami. >

L*mbI ée Im ehoae wnaUqwÈe* Ve pwmteeêeur ées aBlotanx. Le patriote. — Ce qui nous agrée dans Voltaire, c'est que sous l'écrivain on sent toujours l'homme qui a ses goûts personnels et les renouvelle sans cesse, même après la soixantaine. Non seulement il a du loisir pour cultiver ses amis ; mais, quoi qu'on en dise, son cœur est tendre aussi pour la campagne, et il sait en jouir presque autant que Rousseau, bien que d'une façon différente, infiniment moins sentimentale et poétique certes, mais si pratique I c Je me croirais très malheureux, dit-il, si je voyais le printemps ailleurs que chez moi. > £t en un autre endroit : € Vous n'aimez pas^ la chose rustique, et j'en suis fou ; j'aime mes bœufs, je les caresse; ils me font des mines. » Aussi veutil mourir c laboureur et berger ». Quel épanouissement d'aise lorsqu'aux Délices il promène ses regards sur le spectacle qui l'entoure : c Pigurez-vous quinze croisées de face, un canal de douze grandes Iteues de long que l'œil enfile d'un côté, puis un autre de quatre ou cinq lieues, une terrasse qui domine cent jardins, les campagnes de Savoie, au delà du lac, couronnées des Alpes qui s'élèvent jusqu'au ciel en amphithéâtre. » Il ne s'intéresse pas moins aux animaux, et s'apitoie sur leur dure condition : c On les traite, s'écrie-t-il, avec autant d'inhumanité

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