LES TROIS. PARTIES DU « GRAND SYSTEME
La bonté de Tétat naturel et les vices de l'état social, voilà le sujet des deux Discours et de la Lettre à D*Alembert, c'est-àdire le développement de la première partie dé la thèse.
Remédier aux maux de l'état social pour l'individu par une éducation conforme à la nature, voilà le sujet de VÊmile; y remédier pour l'homme en famille par la pratique des vertus de la famille selon la nature, qui sont capables de purger lesr passions mondaines des deux sexes, voilà le sujet de la Nouvelle Hélôïse; y remédier enfin pour les hommes soumis à un gouvernement, par l'observation loyale des conditions qu'ils mirent jadis à cette soumission et que leur dicta la nature, voilà le sujet du Contrat social, et ces trois ouvrages capitaux constituent précisément le développement de la troisième partie du système. Que l'on en croie leur auteur, et l'homme social sera réconcilié avec l'homme naturel, comme individu, comme époux et comme citoyen. Il suit de là que les paradoxes prédomineront dans les deux Discours et les vérités dans le reste, mais qu'en examinant une des parties de la thèse il ne faut jamais oublier les deux autres.
Que Ronsseaa ii*a pas assez détaché sa transition entre la première et la troisième partie de son système. — Entre les ouvrages qui développent la première et la troisième partie de la thèse, aucun autre écrit que la lettre à Voltaire du 10 septembre 1755 et la préface de Narcisse ne ménage expressément la transition, mais Rousseau a cru bien faire en la glissant un peu partout. Il faut croire qu'en cela il a mal calculé, puisque tous ses commentateurs s'y sont plus ou moins trompés, et qu'il a ainsi donné prise au double soupçon de manquer de logique ou de sincérité.
Utilité de ces considérations ponr l'examen de ses œn\res* — Nous ne nous flattons certes pas d'avoir débarrassé le sys tème de Rousseau, par ces remarques, de toutes les utopies et contra4iction& qu'on y a si souvent dénoncées, mais eUes en atténuent singulièrement le nombre et la portée. Elles permettent surtout de lire ses œuvres, avec une précieuse sécurité d'esprit, en y retrouvant cette suite systématique qu'il affichait sur le tard, qu'on n'a pas voulu y voir, et qui va précisément nous en faciliter l'examen.