Vie de Charles, X. I, ch. ix, p
3. « Nomina» quia valgata sunt, dicere supersedi. » [Vita Hludovici II, 608, dans les Scriptorgs de PertZi)
lune à SaintrJean-Pied-de-Port *. Déjà, près de deux siècles auparavant, en 635, un des douze lieutenants de Dagobert envoyé par lui contre les Gascons qui pillaient l'Aquitaine, avait succombé pareillement, non loin de ce défilé, dans la vallée de Subola ou Mauléon. Plus tard, en 812, au lendemain d'une expédition en Espagne, Louis le Débonnaire faillit aussi être surpris dans ces gorges néfastes. Enfin, en 824, ces mêmes montagnards écrasèrent les ducs Èble et Asinaire qui avaient voulu châtier leurs continuelles déprédations.
Tous ces griefs se confondirent bientôt en un seul, celui qu'illustrait la grande mémoire de Charlemagne : car le peuple aime à simplifier ses souvenirs par des anachronismes où se complaisent ses oublis et ses ignorances. Grâce à la même illusion, l'instinct national ne tarda pas à falsifier les circonstances du drame lointain qui avait ému le cœur de la France. Sous le coup de l'effroi causé par les invasions musulmanes, on s'était habitué à ne voir que des Sarrasins dans toute armée embusquée derrière les Pyrénées ; et l'idée ûxe du péril présent ou prochain préoccupa tellement les esprits, qu'ils attribuèrent à l'ennemi permanent le guet-apens de Roncevaux. Cette erreur s'accrédita d'autant mieux que l'idée de la croisade germait déjà dans les foules. Lors même que le poète aurait su la vérité, il se serait bien gardé de la dire ; car ses auditeurs n'eussent pas voulu l'entendre. Pour les émouvoir, il fallait réveiller leurs colères et prêcher la revanche. A la veille du jour où la guerre sainte allait éclater, le rapsode ne pouvait donc que préluder aux belliqueux sermons de Pierre l'Ermite. Voilà pourquoi son chant devint un appel aux représailles qui prétendaient écraser les vautours dans leur nid et détruire Maliomet au siège même de son empire.
UbIqaiCé do Roland. — Il dovinC l'AeiillIe chrétien du moyen âge. — C'est ainsi que se joue le caprice de la légende; elle aime à exalter et à transfigurer les humbles. Tandis que l'ombre s'épaissit sur les héros historiques dont l'apparition a ébranlé la terre, et que le silence pèse sur les exploits d'un Sésostris, d'un Cyrus, d'un Attila ou d'un Gengis-khan, la fantaisie de la
1. En 1794, les Français renversèrent un monument élevé par les Espagnols. à Roncevaux, en mémoire de cette victoire lontaine.