SON AUTEUR
Devant le Duc alout cantant De Karlemaigne e de Rolant, E d'Olivier e des vassals Ki raururent en Renchevals.
Quant à savoir si les strophes chantées par Taillefer appartenaient au poème que nous connaissons, c'est une question au moins douteuse ; mais de Tétude des manuscrits les philologues c>oncluent, d'un accord à peu près unanime, que le poème tel que nous le possédons date de la seconde moitié du onzième siècle.
^el IroBvère eo ent Vamteur^ La Chansoa ée Roland et la Chroaliiiie da fans Tarpin. — La même obscurité nous dérobe aussi le nom du trouvère auquel nous devons cet antique monument. Faut-il l'appeler Turoldus ou Théroulde, comme nous y invite ce vers qui termine le manuscrit d'Oxford :
Ci fait la geste que Turoldus declinet?
C'est fort improbable, ce nom étant fort commun au xi* siècle. Le doute est d'autant plus permis que l'on ne s'accorde même pas sur le sens du mot declinet qui signifie souvent achever, mais pourrait bien s'appliquer -simplement ici soit au chant du jongleur, soit à la copie du scribe. Cette hypothèse serait même d'autant plus plausible qu'aux environs du xii* siècle la plupart des poèmes populaires étaient anonymes. Ajoutons que dans ce poème le mot geste, chacune des quatre fois qu'il y est employé, désigne une chronique antérieure dont le poète invoque l'autorité.
Sans insister sur cette signature, nous affirmerons seulement que la Chronique latine du faux Turpin * ne fut point, comme on a eu tort de le penser, la source à laquelle puisa le chantre anonyme du Roland. Car de profondes différences d'accent et de ton distinguent ces deux écrits, inspirés l'un par une fierté toute féodale, et l'autre par l'onction d'un esprit ecclésiastique.
1. Le véritable Tarpin. ftrchey/^que de Reims sous Charlemagne, mourut vers l'an 800. — Le Tarpin de Roland meurt à Roncevaux, tandis que celui de la Chronique latine survit au désastre qu'il raconte avec toute la vie de Charlemagne.
D'ailleurs M. Gaston Paris a démontré que dans cette fastidieuse chronique se trahit le travail de plusieurs mains. Si les cinq premiers chapitres paraissent remonter au xi' siècle, les suivants qui intéressent la légende de Roland ne sont pas antérieurs à la première moitié du xiF. Il n'y a donc aucune parenté entre la prose diffuse et béate du moine dévot qui composa cette compilation, et le poème si vif, si ferme, si franc, où l'on sent un homme de guerre et l'écho direct du fracas des armes.
Les manuserits d'Oxford el de Venise. — Il convient de dire encore un mot sur les manuscrits qui nous ont transmis le Roland, A celui d'Oxford, écrit par un scribe anglo-normand, vers la fin du xiP siècle, qui est incontestablement le plus ancien, on ne saurait opposer que le texte de Venise, du XiiP siècle, qui suit la version primitive jusqu'au vers 3682 du texte d'Oxford, mais dont le français a été trop italianisé pour faire autorité, et qui se termine par une longue digression sur la prise de Narbonne par Aimeri, laquelle suggérera à Victor Hugo son Aimeri de Narbonne {Légende des siècles)*.
Quant aux six autres manuscrits que nous possédons *, ils sont tous postérieurs, et appartiennent à une époque où, au lieu d'entendre de la bouche des trouvères les chansons de geste, on se bornait à les lire. Aussi la version primitive a-t-elle été maladroitement remaniée ou amplifiée. La langue paraissant alors trop rude ou trop monotone, on ne se permit pas seulement de transformer les assonances en rimes; mais, sous prétexte de rajeunir et d'embellir l'original, on le rendit méconnaissable. C'est ainsi, par exemple, que les quinze vers où la mort de la belle Aude était racontée avec une brièveté si tou-
1. Le premier de ces deux manuscrits appartient à la Bibliothèque Bodléienne (fonds Digby, n*» 23) et a été publie, pour la première fois, en 1837 par M. Francisque Michel; le second appartient à la Bibliothèque Saint-Marc, manuscrits français, n° 4.
2. Celui de Paris (Biblioth. nat., 860, anc. 7'i^27-5), qui remonte au xiii* siècle, a 13109 vers, au lieu do 4000. — Celui de Versailles, qui appartenait à Louis XVI, contient 8330 vers. — Un autre, qui est de Venise, n® 7. a 8880 vers. — Celui de Lyon (n® 964) date du xir"» siècle. Il y manque, au début du poème, 84 laisses. — Celui de Cambridge (Trinity Collège, B. 3-32) est du xvi^ siècle. Les 17 premières laisses font défaut. — - Le. texte lorrain, découvert aux environs de Metz par M. Michelant, n'est qu'un fragment de ^1 vers, lesquels ont été publiés par M. Génin.