I. — FEMMES ET HOMMES DU MONDE
SiaoBS parisiens du XVIII« siècle et suatresses de eémma.
— Pendant tout le xvui® siècle, et suivant la mode du xvii®, la vie intellectuelle de la France, malgré sa puissante expansion à travers toute l'Europe, garda pour centres quelques salons parisiens dont le ton et les hôtes étaient d'ailleurs très bigarrés, depuis le noble appartement du Palais Mazarin où Mlle de Scudéry, nonagénaire, venait personnifier aux yeux attentifs de la marquise de Lambert, maîtresse de céans, les traditions loin? taines de THôtel de Rambouillet, et résumait, dans ses Conversations morales, avec la bonne grâce indulgente d'une aïeule, tout un siècle de politesse, jusqu'à la chambrée politique de Mme Roland % où Ton s'enivrait si éloquemment de la liberté
tous les styles il n'y avait guère que le grave dont on se pût servir en cette occasion, laquelle nous ayant rendus juges, me semble nous obliger à fmr, dans ce que Ton verrait de nous sur ce sujet, les mouvements et les ornements qui font toute réioquence de ceux qui attaquent on qui défendent, et à conserver seulement la force de raisonnement et la netteté dcTexpression, pour instruire plutôt que pour plaire ; ce que je ne dis point pour maintenir bon ce que j'ai fait, si Son Eminence juge qu'il soit mauvais, mais simplement pour lui rendre raison des motifs que j'ai eus de le faire et pour en attendre son souverain jugement avec tout le respect que je lui dois comme à mon supérieur et maître en toutes choses. >» P. 117.
1. Cf. E. Caro, la Fin du dix-huitième siècle, Paris, Hachette, 1881, 2* éd. ^eux types de femmes de l'autre siècle : Mme du Deffand et Mme Rùland.
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qu'jDn s'y trouva prêt pour le martyre, en passant par les salons aristocratiques ou bourgeois de Mmes du DefTand et d'Epinay, de Mme Geoffrin et de Mlle de Lespinasse. Les femmes que nous venons de citer ne se montrent pas, dans leur correspondance, indignes d'avoir régné, dans leurs salons, à Paris et au siècle de l'esprit.
Les principales « épistollères » du XYIII^ siècle : les marquises daDeffaad et de Lambert 9 Mlle de Lespinasse; Mmes Geoffriiiy d'Éplnay, Roland. — Par l'esprit comme par le bon sens, par le tour et par le sens littéraire, comme par la philosophie, avec une pointe d'amertume qui est sa marque et que sa cécité accidentelle doit excuser (pp. 377, 384, 385, 389, 390), la marquise du Deffand (1697-1780) est, auxviii® siècle, la reine du style épistolaire *. Elle ne serait pas trop indigne de succéder à Mme de Sévigné, si son ami Voltaire n'était pas là pour tenir la place de grand épistolier de France et de tous les pays, comme de tous les temps.
La marquise de Lambert montre dans ses lettres, ainsi que dans ses écrits, en matière d'éducation et de morale, le clair bon sens de Mme de Maintenon, et, sur le reste, elle n'a emprunté à la préciosité, d'ailleurs mitigée de ses hôtes, les Fontenelle, les La Motte et les Perrault, que de l'esprit (pp. 7, 9, 10, 14). £n lisant la correspondance de Mlle de Lespinasse, empreinte tour à tour d'un enjouement si aimable et d'une mélancolie si poignante, on comprend que Mme du Deffand ait été jalouse du style et encore plus du cœur de sa demoiselle de compagnie (pp. 359, 361, 362, 366, 367). La bonté et une solidité bourgeoise donnent du prix aux lettres de Mme Geoffrin, comme elles en donnaient à son commerce. Le droit sens et la bonne humeur, très visibles dans celles de Mme d'Épinay, montrent qu'elle était encore plus digne de polir et de distraire Rousseau et son ourserici, que d'attacher le fuyant et défiant Grimih (pp, 433, 434, 439). Celles de Mme Roland offrent un intérêt vraiment dramatique, en montrant comment cette c ima-
1. Cf. J.-J. Woiss, Eêêais sur C histoire de la littérature française, Paris, Calmann Lévy, 1891, p. 339 sqq.), sur Mme du Deffand — à qui Sainte-Beuve donnait une place « parmi nos plus excellents classiques », — Mme de Choiseul et l'abbë Barthélémy, « Cette trinitë épistolaire ».
gination vagabonde et romantique » qu'elle se découvrait dans sa première jeunesse, était tempérée par une sensibilité toute bourgeoise, à Toccasion, et fut mûrie plus tard par de mâles convictions, éloquentes, à force d'héroïsme ou d'indignation (pp. 661, 663, 665, 667, 669, 674, 677).
Caraetères des antres correspondances de femmes s Mmes de Slmiane, dn Haine, de Staal, dn Chfttelet, de Graffl^^ny, de Choisenl, de Saxe, d'Eg^onC, de Bonfflers, de la Harek, Catherine II, Suard. •— Ce pétillement d'esprit et cette hardiesse de philosophisme, cette agilité de curiosité et cette liberté de propos discursifs, qui étaient l'âme des salons du dernier siècle, se retrouvent aussi, à divers degrés, suivant la date et le milieu, dans les lettres de Mme de Simiane, qui n'a pas trop déçu l'horoscope enthousiaste de sa grand'mère, Mme de Se vigne (pp. 4,5); de la médisante mais si spirituelle femme de chambre de la duchesse du Maine, Mme de Staal (pp. 19, 20, 21), dont Villemain disait avec une justesse piquante : c Elle a le pli de sa condition, c'est une soubrette de cour, mais une soubrette » ; de la marquise du Ghâtelet qui a, quelque dix ans durant, si adroitement conduit la tête de Voltaire et si bien percé à jour ses petites misères de grand seigneur de l'esprit (pp. 183, 185); de Mme de Graffigny, encore une mauvaise langue, mais si intéressante (pp. 190, 191, 194); de la duchesse de Choiseul, si sensée (pp. 400, 407) ; de l'électrice de Saxe (pp. 504, 505), celte étrangère si à l'aise dans notre langue; de la comtesse d'Egmont à qui il arrive, dans son indignation libérale contre le parlement Maupeou, de rencontrer l'accent des Mémoires de Beaumarchais (p. 536) ; de la comtesse de Boufflers, la spirituelle amie de Conti, Y c idole du Temple », qui fait un tableau terrible de la mort de Louis XV, avec des traits à la Saint-Simon (p. 538); de la comtesse de la Marck (p. 542); de Catherine IT, d'un exotisme si expressif (pp. 571, 572); enfin de Mme Suard, dont le style vaut bien celui de son mari et dont le cœur valait sûrement mieux (p. 605 sqq.).
Insig^niflance et rareté desiiommes purement mondains; causes de ce fait. — En parallèle avec ces épistolières on ne peut mettre alors aucun homme du mondes Us sont ou labo^