‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 38 sur 334 · ROLAND : L*IDÉAL DU PREUX · texte numérisé non relu

ROLAND : L*IDÉAL DU PREUX

de roiympe que lui du ciel chrétien d'où les anges descendent pour le réconforter sur le champ de bataille. 11 opère même des miracles, et peut, comme Josué, suspendre le cours du soleil. Cestde bonne foi qu'il se croit le ministre de la Providence; et voilà pourquoi le dénouement du poème nous laisse entrevoir en perspective les nouvelles aventures où devra se signaler encore le soldat du Christ :

Cliarles, rassemble les osts de ton empire,

Par force va dans la terre de Bire,

Au roi Vivien porte secours dans Imphe,

Car les païens assiègent celle ville,

Et les chrétiens t'y réclament et crient.

(V. 3994 sqq.)

C'cât aussi pour rehausser la vaillance de Charles que le trouv<«rc, au risque de troubler Téconomie de l'action, nous le montre refoulant jusque dans sa capitale le chef de rislamisnic.

Holand. — L« |k»1iiI d*honnear. ^ L'idéal chevaleresque. — L'amitié. — La grandeur de Charlemagne ne fait pourtant aucun tort à celle de Roland, chez lequel la bravoure guerrière du Cid s'associe à l'exaltation religieuse de Polyeucte. Dans les autres chansons de geste, la valeur des barons est souvent brutale, forcenée, impie. Un vieux fonds de barbarie germanique éclate par des violences qui ne respectent ni l'homme ni Dieu. Mais ici brille un idéal de générosité chevaleresque, et le courage est vraiment une vertu. Tout au plus pourrait-on reprocher au noble vaincu l'imprudente ardeur dont l'excès va le perdre. 11 aime la gloire jusqu'à la folie. Mais nous n'osons l'en blâmer. Cette vivacité du point d'honneur n'est-elle point un signe de race auquel nous reconnaissons, je ne dis pas seulement le seigneur féodal du onzième siècle, mais les gentilshommes de Oécy, de Poitiers, d'Azincourt, ou plutôt le soldat français de tous les temps, celui de nos désastres comme de leurs revanches? Ajoutons que la douceur du héros est égale à sa fougue, et que Nisus, s'il est plus sensible et plus délicat, ne fut pas plus fraternel pour Euryale que Roland pour Olivier. Mais, si Tamitié fait battre ce cœur viril, l'amour a été banni de la vallée sanglante où les preux ne disent adieu qu'à leur roi, à la France et à leur épée. Le trouvère se contente d'assurer à son héros.

par un artifice adroit, le prestige du sentiment qu'il inspire à la belle Aude, sans lui en communiquer les molles défaillances. Sa fiancée apparaît un instant, mais seulement pour mourir de sa muette blessure. Le temps n'est pas encore venu où. les chevaliers s'en iront portant à leur casque l'écharpe brodée par la dame de leurs pensées : ils n'ont pas ici de loisir pour rêver ou soupirer. Cette chaste sobriété est un nouvel argument qui démontre que le poème n'appartient point au douzième ou au treizième siècle, c'est-à-dire à un âge où les hommes de guerre allaient se transformer en paladins langoureux, sous l'influence des gestes romanesques du cycle d'Arthur.

Olivier t le conra^^e réfléchi. — Tnrpln : la crosse et Tépce. — Olivier n'est pas moins intrépide, mais avec sagesse et sang-froid. On l'admire d'autant plus qu'il fait son devoir sans espoir de succès : car il a prévu la catastrophe et se résigne à périr, sans en vouloir à l'auteur de sa perle. Entre les deux compagnons d'armes il y a un contraste analogue à celui d'Horace et de Guriace. Née à la suite d'un duel mémorable où ils furent dignes l'un de l'autre, continuée à travers les batailles, et consacrée par une mort commune, leur amitié n'est guère moins touchante que celle d'Achille et de Patrocle.

Parmi les personnages secondaires, le plus original est Turpin, cet apôtre mitre d'un casque, crosse d'une lance, et prêchant au son du clairon. C'est le type de ces évêques francs que Charles Martel prenait volontiers parmi ses meilleurs capitaines. Depuis longtemps l'Église avait substitué l'idéal chevaleresque aux raffinements du bel esprit gallo-romain. Des prélats, neveux de Pépin le Bref, avaient siégé dans les conseils de Charlemagne, et commandé les armées, comme saint Adalhard et saint Wala, qui dormait si bien, en plein air, dans un sillon, avec une selle pour oreiller. Malgré les défenses formulées dans les conciles de 743, 803 et 813, le monde ecclésiastique se façonnait donc à l'image de la société féodale. En 844, l'évéque d'Albi se mit à la tète de son troupeau pour repousser une invasion de Sarrasins. Près d'Autun, saint Émilien, évêque de Nantes, anéantit un corps d'infidèles. La coutume de ces prouesses se perpétua si constamment qu'à Bouvines les exploits d'un évêque excitèrent non la surprise, mais l'admiration uni-

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