‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 41 sur 334 · Elle s'appelle Bramimonde : Charlemagne la fait baptiser · texte numérisé non relu

Elle s'appelle Bramimonde : Charlemagne la fait baptiser

26 lÀ CHANSON DE ROLAND.

Les Sarrasins et les chrétiens. L'enthousiasme de la croisade. — C'est d'ailleurs Tunique différence qui existe entre les Francs et les Sarrasins. Par suite d'une assimilation ordinaire à la poésie primitive, ils se ressemblent tellement qu'on pourrait les confondre, sans la croyance qui les sépare. Bien des infidèles mériteraient en effet cet éloge donné à l'un d'eux :

Fût-il chrétien, ce serait vrai baron.

Quand le trouvère les appelle félons, il n'entend donc par ce mot que la trahison commise envers Dieu : car c'est un des préjugés du moyen âge de ne pas admettre la bonne foi dans l'erreur. Du reste, les vêtements, les armures, les coutumes et les institutions sont tout à fait analogues. Le pouvoir de Marsile est, comme celui de Charles, tempéré par un concile des grands. Blancardin s'appelle chevalier au même titre que les preux de France. De l'un et de l'autre côté, les chefs encouragent leurs vassaux par des promesses de fiefs en pays conquis. Les sectateurs du Coran et ceux de l'Évangile ont également des clercs et des chanoines. En un mot, il en est d'eux comme des Troyens et des Grecs, dont les mœurs se rapprochent au point qu'il est parfois malaisé de les distinguer.

La question religieuse étant seule en cause entre ces adversaires qui représentent surtout des cultes hostiles, on ne s'étonne plus de l'ignorance naïve qui se mêle à ces haines d'Église. On peut même dire que les anachronismes de la légende ne sont pas trop démentis par l'histoire. Par exemple, si les Francs du Nord, situés fort loin des Pyrénées, virent des Sarrasins dans tous les ennemis de Charlemagne, c'est qu'il n'y avait point encore de patrie sarrasine. L'unité du monde musulman tenait au nom seul de Mahomet, et, l'ignorance géographique aidant, l'invasion arabe eut d'abord un caractère cosmopolite. L'émir de Babylone ne vient-il pas au secours du roi Marsile? A plus forte raison, les races occidentales ne pouvaient-elles savoir au juste quelles étaient les prescriptions du Prophète. Aussi tous ses fidèles furent-ils indistinctement réputés des païens et des adorateurs d'idoles. Le trouvère dit que Marsile sert Mahomet, et « se réclame d'Apollon ». Après

Page 1