VILLEHARDOUIN, HÉRODOTE ET J. CÉSAR
laisses des trouvères, qui ne contribue à donner à sa chronique une allure épique. Mais insister sur ces ressemblances superficielles, ce serait s'exposer à rapprocher Villehardouin de cet Henri de Valenciennes qui lui fait suite, et qui se borna à dérimer une des gestes du cycle des croisades : or on ferait par là le plus grand tort à son originalité. Ce serait la méconnaître tout à fait que de persister à le rapprocher d'Hérodote, conformément à une tradition de la critique, qui est une erreur de perspective historique. Notre Hérodote — si l'on tient à ces rapprochements de noms, toujours plus intéressants que précis, mais consacrés, — c'est Joinville, ou mieux encore Froissart. Le chef-d'œuvre de l'antiquité auquel il faudrait comparer les mémoires de Villehardouin — pour la précision militaire du récit, pour la brièveté impérieuse des harangues, pour la lucidité et l'effacement discret, ou, comme on dit, pour l'objectivité de l'auteur, et, risquons le mot, pour l'atlicisme relatif du style, et même pour l'habileté diplomatique des rélicences, — n'est-ce pas les Commentaires de César? Ils sont nuSy droits, élégants, disait Cicéron de ces derniers, et nous avons montré à quelles réserves près, mutatis mutandis, cet éloge s'appliquerait à la chronique de Villehardouin.