‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 167 sur 337 · LE DIEU DE BOSSUET · texte numérisé non relu

LE DIEU DE BOSSUET

pitié sympathique aux souffrances d'une race qui paya si cher sa périlleuse et salutaire vocation.

Sans approuver les colères de Bossuet, ni souscrire à bien des vues contestables, admirons du moins la dialectique d'une thèse qui, du premier au dernier mot, de l'Eden à l'Evangile, part d'un même principe et vise à la même fin. Les prophéties et les miracles forment ici comme les anneaux d'une chaîne qui unit la terre au ciel. Les prémisses une fois données, c'est à prendre ou à laisser; car Bossuet ne discute pas : il commande. On sent qu'il n'a jamais connu le doute; sa foi inébranlable, imperturbable, prend possession de l'absolu, sans laisser entamer sa sécurité par aucune incertitude. Intrépide dans ses déductions, il accepte sur parole, et impose sans controverse toute une théodicée où la rigueur du logicien s'associe à l'enthousiasme des prophètes. « Ce programme surnaturel son génie impétueux l'entrevit, dit Sainte-Beuve, dans la lueur soudaine d'un éclair, et dut aussitôt l'embrasser, comme l'œil d'aigle du grand Condé parcourait l'étendue des batailles *. »

Le Dica de Bossnet. Le confident de la Providence. — Son Jéhovah n'est point une divinité métaphysique et lointaine. Tantôt bienfaisant, tantôt terrible, toujours efficace, il est partout vivant et vigilant; « il tient vraiment le monde dans sa main », et ne permet pas un instant à l'humanité d'oublier qu'il est son maître. Jamais les poètes les plus religieux n'ont exprimé plus fortement cette toute-puissance d'un Dieu personnel. Bossuet parle comme son premier ministre : tous ses secrets d'Etat, il en a reçu confidence; et, si des objections se produisent, il ne veut même pas les entendre, ou les traite par un dédain superbe qui ne s'abaisse point à démontrer l'évidence. C'est ainsi qu'il formule cet arrêt : « Si l'on ne voit pas un même ordre des conseils de Dieu qui prépare dès l'origine du monde ce qu'il achève à la fin des temps, et qui, sous divers

part n'éclate mieux la conscience d'une supériorité religieuse. Le monothéisme

a été l'œuvre de son apostolat. Ce peuple le savait, et voilà pourquoi, parmi

tant do malheurs, il attendait sa revanche de l'avenir. Une poignée de cap-

avait l'assurance d'affirmer que le monde lui appartiendrait un jour. Sur

ruines de Jérusalem, les Juifs triomphaient presque des désastres qui

..alisaient leurs prédictions.

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