Port-Royal, t. III, p
Etats, mais avec une succession toujours constante, perpétue aux yeux de tout l'univers la sainte société où il veut être servi, on mérite de ne rien voir, et d'être livré à son propre endurcissement comme au plus juste et au plus rigoureux de tous les supplices. »
Le Moïse de Bossnet. L'apologie historiqne dn christianî<«uie. Le faible et le fort de cette thèse. — La critique a beau jeu contre cette méthode. Mais on ne refusera pas du moins à Bossuet l'autorité d'un verbe auguste, une imagination qui a le sens des symboles, et parfois une clairvoyance qui perce l'obscurité des nuages groupés aux horizons lointains de l'histoire. Parmi ces commentaires de rÉcriture, signalons surtout les pages consacrées à Moïse : car jamais le grand précurseur ne fut représenté sous des traits plus majestueux, même par le ciseau de Michel Ange ^ ; et ceux qui ont le mieux pénétré l'esprit des poésies sacrées, les Lowth ou les Herder, n'ont rien dit que Bossuet n'ait devancé par un jugement définitif et souverain.
Dans Tordre des considérations morales, il garde aussi tous les avantages que pouvait compromettre près de certains lecteurs un mysticisme trop continu; car on ne saurait mieux exprimer les difficultés qu'il y eut pour le monde païen à faire le pas décisif, à sortir, non plus par exception et dans la personne de quelques penseurs d'élite, mais par classes et par nations, de ce chaos impur qui s'appelait l'idolâtrie. S'il n'est pas tout à fait juste pour la philosophie des Grecs qu'il regarde comme une émanation de TÛrient et du judaïsme, s'il la croit trop faible et trop désarmée contre l'erreur publique, il est merveilleux lorsqu'il caractérise l'avènement du christianisme dont la doctrine est, dit-il, « du lait pour les enfants et tout ensemble du pain pour les forts ». Pascal lui-même n'a pas
1. Bossuet semble se souvenir de lui-même quand il admire dans les révélations de Moïse « un style hardi, extraordinaire, propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche par de vives et impétueuses saillies, aifranchi des liaisons ordinaires que recherche le discours uni, renfermé d'ailleurs dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force : il surprend l'oreille, saisit l'imagination, émeut le cœur ». 11 dit encore : « 11 parle en maître ; il a dans sa simplicité un sublime si majestueux que rien ne le peut égaler... C'est Dieu même qu'on croit entendre dans la voix et les écrits de Moïse. » (Chap. iii.)