‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 213 sur 337 · DÉFINITION DU STYLE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DU STYLE

•cette formule célèbre : « Le style n'est que Vordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées k. On a loué justement cette définition profonde qui concilie tout ensemble les droits de la raison et de la sensibilité, l'une qui conçoit les idées et les enchaîne, l'autre qui les anime et les colore. Mais on regrette que ces deux facultés ne figurent poic.t à titre égal dans les développements qui suivent.

Si Buffon s'étend avec une complaisance marquée sur l'obligation de Vordre, il néglige trop le m-outement, où il ne voit que la conséquence nécessaire de ro.f'dre lui-même, comme il semble nous le faire entendre, en disant : « Lorsqu'on se sera fait un plan, lorsqu'une fois on aura ras semblé et mis en ordre toutes les pensées essentielles à son sujet, on s'apercevra aisément de l'instant auquel on doit prendre la plume; on sentira le point de maturité de la production de l'eîsprit, on sera pressé de la faire éclore, on n'aura même que dvi plaisir à écrire.... La chaleur naîtra de ce plaisir, se répandra partout, et donnera de la vie à chaque expression. »

Dans cette prcdominance de la logique nous reconnaissons le savant pour lequel le génie fut « unelonj ;ue patience », et qui, se défiant trop de l'imagination ou de la . sensibilité, n'accommode point ses préceptes à la diversité des esprits, mais propose son exemple comme une loi déliniti^ /e, au risque de décou rager par un excès de rigueur les heureu ses rencontres de cette inspiration soudaine dont les plus réf échis ne sauraient se passor. Aussi convient-il, ce nous seml )le, d'atténuer un peu ces exigences. « Je doute, dit Villemain , que Buffon même ait toujours pu se conformer à ses propi es règles; ou, s'il l'a fait, j'y trouve la cause de la raideur monotone qui se mêle parfois à son beau langage; car exprin ler sa pensée, c'est la produire, c'est la sentir dans toute sa force, et par là même, c'est souvent la transformer, l'agrandir, et non pas colorer seulement d'une teinte visible des caractère s rangés dans un ordre immobile ».

La doctrine incontestable et définitive. — Mais les réserves que nous venons de faire n'ôtent rien à l'autorité des conseils qu'inspirait à un graud esprit lé', pratique d'un art où il excella. Il fau* donc écoi'iter ici comme la raison m^me

bien des vérités sur lesquelles tous les maîtres sont d'accord. Lorsqu'il recommande de tracer un plan si fortement médité que l'intelligence « puisse l'embrasser d'un seul 'coup d'oeil, et en saisir tous les rapports », il se rencontre avec Fénelon disant, dans la Lettre à l'Académie : « L'ordre est ce qu'il y a de plus rare dans les opérations de l'esprit. Quand l'ordre, la justesse, la force et la véhémence se trouvent réunies, le discours est parfait. Mais il faut avoir tout vu, tout pénétré, tout embrassé pour savoir la place précise de chaque mot. > Quand il veut que l'ouvrage soit « fondu d'un seul jet », et condamne « les pensées isolées ou fugitives, les traits irréguhers, ou les figures discordantes », il semble aussi traduire ces beaux vers de VArt poétique de Boileau :

C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent

Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent;

Il faut que chatiue chose y soit mise en son lieu,

Que le début, la fin répondent au milieu,

Que d'un artdéh"cat les pièces assorties

N'y forment qu'un seul tout de diverses parties.

S'il ne laisse pas 1 es coudées assez franches aux diverses aptitudes, et s'ilrecon miande trop impérieusement les procédés de composition qui lu/ sont familiers, il s'élève jusqu'à la région même des principes, d ans cette page où, érigeant une règle de rhétorique en loi univ erselle, il dit avec une sorte d'enthousiasme solennel : « Poi arquoi les ouvrages de la nature sont-ils si parfaits? C'est que chaque ouvrage est un tout, et i|u'elle travaille sur un plan é ternel dont elle ne s'écarte jamais. Elle prépare en silence les . germes de ses productions; elle ébauche par un acte unique h i forme primitive de tout être vivant; elle la développe, et U i perfectionne par un mouvement continu et dans un lemp s prescrit. Si Vécrivain imite la nature dans sa marche et s on travail, s'il s'élève par la contemplation aux vérités le; ; plus sublimes, s'il les réunit, s'il les enchaîne, s'il en form e un tout, un système par la réflexion, il établira sur des foi idements inébranlables des monuments étenaels. » La belle période! Mais aussi, dans son- ampleur, qui ne remarquera 1' allusion indirecte qu'il fait à ses propres ou vrages, dont il sen .ible dire : Exegi monumentum œre peren-

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