‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 245 sur 337 · CONCLUSION SUR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

CONCLUSION SUR VOLTAIRE

Universalité de Voltaire. Le « chaos d'idées elaîres » Utilité pratique de ses courtes clartés — Frédéric, ce tyran qui savait flatter, écrivait un jour à Voltaire : a Je doute s'il y a un Voltaire dans le monde : j'ai fait un système pour nier son existence. Non, assurément, ce n'est pas un seul homme qui fait le travail prodigieux qu'on attribue à M. de Voltaire. Il y a à Cirey une Académie composée de l'élite de l'univers. Il y a des philosophes qui traduisent Newton; il y a des poètes héroïques ; il y a des Corneilles ; i" y a des CatuUes ; il y a des Thucydides; et l'ouvrage de cette Académie se publie sous le nom de Voltaire, comme l'action de toute une armée s'attribue au chef qui la commande. » On ne saurait exprimer, d'.une manière plus pittoresque et plus juste à la fois, la caractéristique du génie de Voltaire qui est l'universalité. Qu'il ait eu la profondeur dans l'univei'salité, c'est une autre question. Comme penseur, Voltaire a prêché la tolérance, l'humanité, l'ordre social, la liberté politique, cette « déesse » dont il a magnifiquement parlé, l'égalité civile dont il donne cette formule :

La loi dans tout État doit être universelle,

Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant elle.

« Conservateur en tout, sauf en rehgion », selon le mot de Vinet, il ne s'est jamais piqué de concilier logiquement et par le menu ses principes, au fond très conservateurs, avec toutes les saillies et les pétulances de son humeur sceptique et de sa passion antii-eligieuse. Aussi, au courant de ses innombrables polémiques, parmi la mitraille de ses arguments, que d'arguties de circonstance qui apparaissent comme autant de contradictions flagrantes, si on les rapproche du reste, et qui autorisent à répéter alors, mais alors seulement, ce mot plus que joli du dernier en date de ses critiques : * Ce grand esprit, c'est un chaos d'idées claires * ». Mais qu'elles sont claires, et même

1. M. E. Faguet, XVllI" siècle, p. 219, 268, Paris, Lecène et Oudin.

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