‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 274 sur 337 · LES TROIS PARTIES DU « GRAND SYSTEME ». S · texte numérisé non relu

LES TROIS PARTIES DU « GRAND SYSTEME ». S

La bonté de l'état naturel et les vices de l'état social, voilà le sujet des deux Discours et de la Lettre à D'Alembert, c'est-àdire le développement de la première partie de la thèse.

Remédier aux maux de l'état social pour l'individu par une éducation conforme à la nature, voilà le sujet de VÉmile; y remédier pour l'homme en famille par la pratique des vertus de la famille selon la nature, qui sont capables de purger les passions mondaines des deux sexes, voilà le sujet de la Nouveile Héloise; y remédier enfin pour les hommes soumis à un gouvernement, par l'observation loyale des conditions qu'ils mirent jadis à cette soumission et que leur dicta la nature, voilà le sujet du Contrat social, et ces trois ouvrages capitaux constituent précisément le développement de la troisième partie du système. Que l'on en croie leur auteur, et l'homme social sera réconcilié avec l'homme naturel, comme individu, comme époux et comme citoyen. 11 suit de là que les paradoxes prédomineront dans les deux Discours et les vérités dans le reste, mais qu'en examinant une des parties de la thèse il ne faut jamais oublier les deux autres,

Qne Ronssean n'a pas assez détacbé sa transition entre la première et la troisième partie de son système. — Entre les ouvrages qui développent la première et la troisième partie de la thèse, aucun autre écrit que la lettre à Voltaire du 10 septembre 1755 et la préface de Narcisse ne ménage expressément la transition, mais Rousseau a cru bien faire en la glissant un peu partout. Il faut croire qu'en cela il a mal calculé, puisque tous ses commentateurs s'y sont plus ou moins trompés, et qu'il a ainsi donné prise au double soupçon de manquer de logique ou de sincérité.

Utilité de ces considérations pour l'examen de ses œuvres. — Nous ne nous flattons certes pas d'avoir débarrassé le système de Rousseau, par ces remarques, de toutes les utopies et contradictions qu'on y a si souvent dénoncées, mais elles en atténuent singulièrement le nombre et la portée. Elles permettent surtout de lire ses œuvres, avec une précieuse sécurité d'esprit, en y retrouvant cette suite systématique qu'il affichait sur le tard, qu'on n'a pas voulu y voir, et qui va précisément nous en faciliter l'examen.

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