Où on vient de lui élever une statue (septembre
Mérope que l'enfant goûte fort, à côté de La Fontaine qui le rebute, sans doute parce que les leçons du bonhomme, trop imprégnées de réalité, choquent sa tendre et déjà romanesque conception de la vie. Des mains de la mère, il passe à celles des bons Pères, qui n'étaient pas beaucoup moins douces, selon son propre témoignage.
Entre temps sa délicatesse intellectuelle cherchera, et de trop bonne heure même, son aliment dans les Confessions et la Nouvelle Héloïse, de Jean-Jacques, Paul et Virginie, René, Lara, puis Werther, «une maladie mentale de mon adolescence poétique», nous confle-t-il, et Ossian dont il écrivait :
La harpe de Morven de mon ârae est l'emblème.
L'épicuréisme voluptueux qu'il savoure, en même temps, dans Parny *, Léonard et Bertin, et que Millevoj^e lui teinte de mélancolie, n'est pas fait, même en y ajoutant quelques doses de Gresset et de Voltaire, pour troubler sensiblement ces inclinations premières de son être intellectuel. Aussi. est-il atteint à son tour du « mal du siècle », et René compta un de ces fils de plus que reniait leur père, comme nous l'avons noté plus haut : mais de celui-là il aurait pu et dû être fier.
Nous avons vu comment l'amour fit du rimeur, à l'école de Parny et de Millevoye, un poète. Il s'est défendu pourtant d'être un poète de profession, et cela à maintes reprises et si expressément qu'il faut bien l'en croire, même en faisant ici comme partout la part de son irréductible coquetterie.
Il écrira : « Je n'était pas auteur, j'étais ce que les modernes appellent un amateur, ce que les anciens appelaient un curieux de littérature, comme je suppose qu'Horace, Cicéron, Scipion, César lui-même l'étaient de leur temps. La poésie n'était pas mon métier; c'était un accident, une aventure heureuse, une bonne fortune dans ma vie.... Le bon public s'imagine que j'ai passé trente ans à aligner des rimes, je n'y ai pas employé trente
l. Témoin ces vers de l'Élégie sur la muse de Parny :
Combien de fois ma tendre adolescence Se dérobant aux regards curieux, Pour dérober tes écrits amoureux, De mes Mentors trompa la yigilanco !