‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 82 sur 337 · SES DEFAUTS. U · texte numérisé non relu

SES DEFAUTS. U

son aide l'allégorie, la mythologie, se frotter d'érudition, étudier € l'art de harper », emboucher « la trompette bellicqiie du grand Virgile ou d"Homère ancien », harpes et trompettes rendent le son du « flageol ». Il le sent bien au fond, et tout n'est pas modestie d'auteur quand il s'excuse çà et là de sa lettre mal aornée et de son stile trop mince. Aussi mourut-il sur des vœux stériles :

Pour célébrer les haultz faictz d'Anguyen, Lequel sera (contre fortune amère) Noslre Achilles et Marot son Homère.

Sachons-lui gré de cette noble ambition qui sera, avec plus de fracas, le principal honneur de ses successeurs immédiats. Lui du moins avait pris ses précautions contre le ridicule, s'étant fait sacrer prince de l'esprit.

PORTRAIT BIOGRAPHIQUE

Ses origines. Genèse de la Pléiade. — Pierre de Ronsard naquit le H septembre 1524, au château de la Poissonnière, à sept lieues de Vendôme. Les seigneurs de la Poissonnière, descendants d'un Baudoin de Ronsard, venu de Roumanie en France au xiv"^ siècle, étaient fort bien apparentés, et, après avoir simplement traversé le collège de Navarre dont le régime altérait sa faible santé, le jeune Ronsard entra dans la « pagerie » de la maison de France. Le service des princes et princesses lui fit visiter l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie dont il apprit les langues. Il avait seize ans et était depuis longtemps hors de page, quand une maladie qui lui « vint boucher l'ouïe s interrompit une carrière où il réussissait à merveille. Cet accident donna à la France un poète sans que le roi dût y perdre un courtisan.

Il avait résolu, nous dit Binet, son historiographe, disciple et ami, de « transférer l'office des oreilles à celuy des yeux pour la lecture des bons livres et se mettre l'estude à bon escient ». Il ne lui manquait qu'un maitre ; il le trouva dans Dorât, précepteur de son jeune ami Antoine de Baïf.

Ce Dorât, infatigable et froid versificateur en latin et même en grec, sans compter ses rimes françaises, s'est acquis, comme guide de Ronsard et de la Pléiade vers l'antiquité, une célébrité que ne lui aurait certes pas valu sa Muse trilingue et que ne méritait peut-être pas la qualité de son érudition limousine. Quoi qu'il en soit, Ronsard, « ayant esté comme charmé par

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