‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 2)Chapitre 90 sur 337 · SES MODÈLES · texte numérisé non relu

SES MODÈLES

de cause cet innocent tripot Régnier, mais Villon et Rabelais ne lui avaient-ils pas montré le hac itur à la pomme de pin^ Tant pis pour lui, s'il a été quelquefois de ces poètes dont on dit qu'ils

Font un bouchon à vin de laurier du Parnasse, Et vont bizarrement en poste à l'hôpital;

mais ce n'est pas dans cet antique cabaret d'honneur ou dans tout autre mauvais gîte qu'il a appris le son hardi de ses rimes cyniques. C'était alors un droit de poète que d'offenser les oreilles pudiques, car, nous dit Régnier, il faut

Sçavoir que le bon vin ne peut être sans lie,

et Ronsard lui-même ne s'en est pas privé. Au reste les circonstances atténuantes ne sont que trop faciles à plaider en faveur de Régnier. La meilleure de toutes est dans les mœurs du temps dont Brantôme, si lu alors, à la cour même, est, à courte distance, un témoin plus que suffisant. Mais il est des fois où Régnier abuse vraiment, et c'est Malherbe qui réagira, du moins en vers, bornant, dans ses épigrammes, au franc parler cet antique droit de tout dire.

SES CHEFS-D'ŒUVRE POETIQUES

Ses modèles. — Le cynisme de certaines rimes est le seul défaut que Régnier ait rapporté de son assidu commerce avec Villon, Marot, Rabelais et tous les écrivains gaulois. Il a aussi toute leur sève de style, tout leur esprit sain et dru.

Comme eux, et comme le voudra Malherbe, il se met à l'école des gens du peuple, enchâssant dans ses vers leurs proverbes à la douzaine et même leurs locutions héréditaires :

Ses yeux bordés de rouge, esgarez, sembloient estre L'un à Montmartre et l'autre au château de Bicètre;

y faisant écho aux cris de la rue ; t Vieux linges, vieux dra- • peaux j, à ses onomatopées :

S'en vindrent du parler à tic tac, torche, lorgne,

enfin prenant plaisir à signer une de ses plus spirituelles fantaisies : Maistre Janin du Pont Alais.

D'autre part, il avait fait connaissance avec les auteurs italiens, pendant ses douze années de séjour à Rome. Son talent le portait naturellement vers les burlesques de l'école du Berni, le Caporali surtout, auquel il a emprunté notamment beaucoup de traits pour cette peinture du pédant dans la dixième satire que Boileau admirait tant. Son bon sens le garda d'ailleurs de l'affectation des pétrarquistes, et c'est à peine si l'on peut relever quelques traces de leur influence dans le dialogue, d'ailleurs inachevé, entre Cloris et Philis, où parmi des accents si passionnés, se lisent quelques vers du ton suivant :

Hélas! à mon malheur blessures trop blessantes, etc.

Il emprunta beaucoup plus aux latins, à Horace surtout qu'il a traduit dans ses satires, en disciple ingénieux, selon l'expression de Boileau, qui apprit de lui à en faire autant.

Les portraits dans Régnier. — C'est sur ces modèles pris dans la vie et dans les livres qu'il greffa ses dons naturels d'écrivain. Le premier de tous était celui de peindre.

Le portrait du fâcheux est admirable d'un bout à l'autre. Voyez-le

Se carrer sur un pied; faire arser son épée; Et s'adoucir les yeux ainsi qu'une poupée,

ou encore

Ayant, ainsi qu'un pot, la main sur les roignons. ri

Mais ce ne sont pas seulement les attitudes que Régnier excelle à rendre. Voici un poète courtisan qu'il croque au passage, sans songer à sou oncle, évidemment :

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