‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 111 sur 193 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

BrltaiiMtens fat une revanehe contre les détraetcnra éi'ABdroiiiaqiie. — L'accueil fait kAndromaque (1667) avait été de Tétonnement plus que de la faveur; car les beautés de cette création, qui fut pourtant comme le Cid de Racine, déconcertaient le goût régnant. Aussi les détracteurs du poète prétendirent-ils que son talent se réduisait à la peinture de Tamour; et cette opinion s'accrédita si bien que, longtemps après, Mme de Sévigné s'obstinait encore à dire : « Jamais il n'ira plus loin qy! Androraaque ; il fait ses

1. Signalons de légères Kprésailles exercées contre Corneille qu'ayait attristé le triomphe &*Andro7naque^ et qui eut la maladresse de ne pas cacher son chagrin. Les vénérables ridei de Don Diègue passent ici sur le front d'un huissier :

Ses rideê sur son front gravoient tous ses exploits.

Corneille se reconnut aussi dans ce trait dn Chicaneau : Viens mon sang^ viens ma fille. -^ Achève et prends ee sac fut une parodie de ce mot : Achève et prends ma tne.

Un vieux comédien, Riccoboni, appréciait ainsi les Plaideurs : « Cette comédie de M. Racine est la pièce la plus singulière que j'afe trouvée dans tons les théâtres de l'Europe. Depuis Molière, j'ai peine à croire que le style de la comédie se soit conservé nulle part aussi bien que dans cette pièce. » Il ne lui reproche que d'être c un très mauvais exemple pour les jeunes gens », parce que Léandre « use d'yn déguisement pour faire signer à Chicaneau son contrat de mariage, en lui faisant accroire que c'est un papier de procédure ». Voilà, chez un acteur, une étrange pruderie I

pièces pour la Champmeslé, ce n'est pas pour les siècles à venir; si jamais il n'est plu» jeune, et qu'il cesse d'être amoureux, ce ne sera plus la même chose ^. » Â ceux qui se vengèrent ainsi du talent qu'on ne pouvait lui refuser, en lui déniant celui qu'il n'avait point encore essayé, Raciae opposa la double revanche des Plaideurs (1668)^ et de Brttannicus. C'est ce qu'attestent ces vers de Boileau :

Et peut-être ta plume aux censeurs de Pyrrhus Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus'.

Oui, à cette génération qui s'opiniâtrait à regretter Corneille et ses Romains, il montra, par la souplesse de ses ressources, qu'il était, aussi lui, capable de mâles accents; et, désertant la mythologie pour l'histoire, il représenta dans la corruption de l'empire ces maîtres du monde dont l'héroïsme républicain avait porté bonheur à son devancier. Un pinceau que sa douceur semblait prédestiner à ne peindre que les nuances de la passion, déjoua donc les prédictions de ses ennemis en dérobant à Tacite* son énergie, sa concision, ses traits rapides et ses sombres couleurs. C'était Albane ou Corrége s'élevant tout à coup à la fierté de Michel- Ange.

I^a première représentation. — Ce fut deux ans après Andromaque, le vendredi, 13 décembre 1669, que Britannicus parut pour la première fois sur le théâtre de THôtel de Bourgogne, devant une assemblée que rendit moins nombreuse la concurrence d'une exécution capitale. A cette soirée assistait Corneille, avec la cabale de ses partisans dispersés dans la salle « de peur de se faire reconnoltre». Ils n'épargnèrent pas les censures au chef«d'œuvre; et, dans une lettre écrite sous des impressions encore toutes vives, l'un deux, Boursault*, eut l'impertinence de déclarer «Agrippine fière sans sujet, Burrhus vertueux sans dessein, Britannicus amoureux sans jugement, Narcisse lâche sans

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