‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 112 sur 193 · Livre XIII des Annales, cliap. iv, xvi, xvii, zvm · texte numérisé non relu

Livre XIII des Annales, cliap. iv, xvi, xvii, zvm

4. Préface d'une petite noavelle intitulée Artimt»e et Polianit.

prétexte, Junie constante sans fermeté, et Néron cruel sans malice. » 11 raillait ainsi un ami de Racine, peut-être Boileau: «Son visage, qui passeroit au besoin pour un répertoire du caractère des passions, épousoit toutes celles de la pièce, et se transformoit comme un caméléon, à mesure que les acteurs débitoient leur rôle. Surtout le jeune Britannieus, qui avoit quitté la bavette depuis peu, et lui sembloit élevé dans la crainte de Jupiter Gapitolin, le touchoit si fort que, son bonheur l'ayant fait rire, le récit de sa mort le fit pleurer. » L'entrée de Junie « dans Tordre de Vesta x lui paraissait un dénoûment de « tragédie chrétienne ». Malgré ce parti pris d'ironie, il se contenta pourtant de dire que « la pièce n'eut pas le succès qu'on s'étoit promis* ».

De ces crititjues il ressort qu'il n'y eut point, comme on^ Ta ppétendu, manifestation hostile et chute soudaine. Il est toutefois certain que cette composition sévère fut d'abord peu comprise par la foule, et disparut après huit représentations dont la froideur irrita cruellement le cœur de Racine.

Représailles eontre le parti de Corneille. — Attribuant cette injustice aux manœuvres de l'envie, il usa de représailles dans une première préface, où, tout en ayant raison, il se donne tort par les allusions blessantes qu'il lance avec amertume à plusieurs tragédies du rival auquel il applique les plaintes de Térence « contre les critiques d'un vieux poëte malintentionné*. » Ne va-t-il pas jusqu'à dire : « Pour contenter des juges si difficiles...., il nefaudroit que s'écarter du naturel, et se jeter dans l'extraordinaire.... Il faudroit remplir l'action d'une infinité de déclamations.... Il faudroit représenter quelque héros ivre qui se voudroit faire haïr de sa maîtresse, de gaieté de cœur* ;

1. Corneille, présent i la pièce, se serait récrié contre deux anachronisme! relatifs à Britannicus et Narcisse.

Voir dans le savant oavrage de M. Deltour (les Ennemis de Racine)^ les vers satiriques de Robinet et la lettre de Saint-Évremond, p. 200.

2. Luscius de Lanuvium, ennemi de Térence, aigrement censuré dans ses prologues (malevolt veteris poetx),

% Lysandre, dans Agésilas,

un Lacédémonîen, grand parleur^; un conquérant qui ne débiteroit que des maximes d'amour*; une femme qui donneroit des leçons de fierté à des conquérants*. »

Hâtons-nous d'ajouter qu'il se repentit plus tard de ce premier mouvement excusable chez un poète qui pouvait écrire avec autorité : « Voilà celle de mes tragédies que j'ai le plus travaillée*. »

Dans sa seconde préface, il adoucit, en effet, ses vivacités juvéniles, et l'édition complète de ses œuvres supprima toutes les récriminations violentes où il avait trop oublié ce qu'il devait à la vieillesse et à la gloire d'un précurseur. C'est qu'on pardonne aisément un mal réparé. Or, Britannicus avait repris son rang, surtout à la cour^ où plaisait singulièrement ce grand tableau d'histoire. Ce fut même la première pièce que Louis XIY fit voir au duc de Bourgogne et à ses frères, le 1 7 novembre, à Versailles. La vitte ne resta pas en arrière; et, en 1676, l'universelle faveur dont jouissait cette tragédie justifia le mot de Boileau disant à son ami : « Vous n'avez rien fait de plus fort. »

IL — Ëtude littéraire.

Les aonrees de Britaniileaat asalyse éie la plèee.

— Le sujet fut emprunté, comme on le sait, au treizième livre des Annales, où Tacite nous raconte comment le fils de Claude et de Messaline, âgé seulement de quatorze ans, périt empoisonné par la main de Locuste, dans un repas auquel assistaient Néron, sa mère, et Octavie, sa femme, sœur de la victime. Cette haine datait de loin; mais elle venait d'être irritée par l'orgueil d'Agrippine qui, pour venger ses injures et l'exil récent de son affranchi Pallas, menaçait de faire valoir les droits de B^itannicus^ Dès lors,

t. Agésilat. '

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