‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieures (volume 3)Chapitre 119 sur 193 · I. A peine cachée par un rideau · texte numérisé non relu

I. A peine cachée par un rideau

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ans, mais d'an enfant dont on voudrait perpétuer la minorite, aux yeux du monde ^

Évidemment, elle se croit sûre de son fils ; il n'est que le premier de ses sujets. Mais une implacable justice tire son châtiment de son espérance même. Car elle perdra la puissance et la vie par la main de celui qu'elle a poussé au fatte pour y monter avec lui.

Dans cette guesre sourde, puis déclarée, qui prépare sa mort par sa chute', nous la voyons tour à tour souple et menaçante, feignant un instant la résignation pour éclater plus violemment, mêlant la ruse à la colère, la prudence à l'audace, se faisant craindre d'autant plus qu'elle craint davantage, jusqu'au jour où, privée de' tout honneur, reléguée loin du palais, abreuvée d'insultes, prisonnière dans la maison d'Antonia, où la poursuivent les vers injurieux que fait chanter César autour de ses , jardins, elle tient ferme encore, seule contre tous, avec une intrépidité qui ne se démentira pas, même dans cette nuit expiatoire, où, devant le glaive du centurion, elle se condamne en disant : Ventrem feri*.

L'A^rlppiae de Raelne. — Telle nous l'offre Tacite, telle aussi nous la montre Racine, surtout dans cette scène où, faisant la revue de ses crimes, qu'elle semble absoudre par l'accent maternel, on la voit feindre une affection que son cœur ne ressent pas.

Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie, Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité Ne Yoos ravisse pas ce qui m'a tant coûté.

1. Le plas beaa buste d*Agrippine est celui du Masée de Naples. La téU est accentuée, si virile que, sans les flots de cbeveaz, on ne reconnaîtrait pas une femme. Les muscles du cou et les clavicules sont aocentuées comme ches l'homme. L'œil est ferme et fise sous Taxe profond du sourcil ; le nés on peu tombant, la pointe marquée, le visage réfléchi, les pommettes saillantes, la bouche encadrée par un pli sévère qui part du net, le meaUm màle, net, inflexible : tout est robuste, éprouvé. Le profil est altier et majestueux.

2. L'ingratitude de Néron avait eu pour prélude une sorte de coalition tacite et nniveraelie contre l'omnipotence d'Agrippine.

S. Frappe au uin.

UAGINE. 267

Quelle adresse dans ces vers qui donnent à Tintimidation le ton de Tamitié I Mais dès que Néron, plus habile encore à dissimuler, lui a dit' :

Eh bien'donc, prononcez, qne vonlez-vous qu*on fasse f

aussitôt, le ressort comprimé reprend toute sa force, tout son orgueil lui revient, la voilà qui dicte des lois; et, comme enivrée de sa victoire, elle s*écriera bientôt :

Déjà de ma faveur on adore le bruit.

La nature féminine se décèle dans cette impatience « d'abuser du pouvoir avant même de l'avoir reconquis ^ ; » c'est aussi le calcul d'un politique : car son intérêt est de faire croire au crédit dont elle douterait. Mais l'analyse de ces nuances nous entraînerait trop loin. Bornons-nous donc à dire qu'Âgnppine est le digne pendant à'Âlhalie, Un tel éloge suffit à tout.

Britannleas, la ▼tetlme désI^Bée. — Les personnages secondaires n'ont pas droit à moins d'attention. Si la passion ingénue que traverse la jalousie de Néron' n'est ici qu'un moyen de mettre en jeu les deux principaux caractèreSy et par conséquent un ressort accessoire, les scènes émues que nous lui devons tempèrent l'austérité d'un sujet qu'il était bon d'attendrir par la douceur d'une note plaintive. Ces deux amants ont d'ailleurs une physionomie dont l'expression nous enchante.

Généreux et téméraire, victime désignée qui court à sa perte, Britannicus est bien le prétendant idéal d'un temps où les Romains en sont réduits à n'adorer comme de bons princes que ceux qui meurent avant l'âge. U justifie ce mot de Tacite : « Rome est destinée à des amours courtes et malheureuses. » Quand Néron le surprend aux pieds de Junie, on aime la vivacité libre et fière qui rend si pathétique une situation voisine de la comédie. Devant le maître

1. Lises l^étade de M. Misard dans son Histoire de la hUératwre française,

2, Les manx ^dont souffrent Britannicus et Junie ne Tiennent pas de leur propre cœur : l'obstacle est extérieur : ils^ sont sûrs l'un de l'autre : ToiU pourquoi l'élément tragique ne procède pas de leur passion.

de rËmpire, son attitude est assez digne pour que tout l'avantage lui reste dans ce conflit, où, loin d'être écrasé par lascendant du rang suprême, il humilie l'orgueil féroce d'un tyran jaloux. Le poison de Néron a donc bien servi sa mémoire, protégée par la mélancolie des espérances brisées dans la saison printanière. Car, s'il eût vécu, les ombrages d'un maître ne lui eussent permis qu'une vertu, l'obéissance inerte d'un cœur pusillanime et inférieur à sa fortune.

* Jante ; l'héroïsme discret de l'amante. — Quant à Junie, que Sénèque appelle festivissima omnium puellc^ rum^^ c'est une des charmantes sœurs d'Iphigénie, de Bérénice et de Monime. Enti^ elles, l'air de famille est la grâce timide d'un sentiment contenu et voilé. Mais des différences les distinguent. Tandis que Bérénice et Monime, qui sont reines et maîtresses de leurs destinées, se sentent libres de se donner ou de se refuser, Iphigénie et Junie, qui dépendent de leurs familles, subissent des résistances et des obstacles. Si la tendresse de l'une est combattue par l'obéissance filiale, l'autre doit faire mystère d'une inclination dont l'aveu peut être un arrêt de mort pour le rival de Néron. Car Britannicus n'est point un Achille, un roi victorieux et puissant, mais un prince dépossédé dont la faiblesse est enveloppée de mille périls. Aussi dans son amour entre-t-il une pitié généreuse :

Il Ae voit dans son sort que moi qui s'intéresse ;

Et n*a pour tous plaisirs, Seigneur, que quelques pleurs.

Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs '.

Elle ose à peine s'avouer à elle-même une passion inquiète et entourée de pièges. Elle la dérobe à des regards jaloux; elle use de détours, elle se persuade qu'elle aime par respect pour la volonté du père de Britannicus, et par déférence pour Agrippine. Elle n'en a pas moin» le courage du sacrifice. Quand elle refuse le trône, du ton le plus modeste, sans faste, sans bravade, en sujette respectueuse, en sup^

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