Je rencontre ce mot d'ironie et de dépit
Retournez, retournez yers ce sAitt auguste, Qui Tient tous applaudir de votre cruauté.
(Acte V, scène r.
Ailleurs, il y a peut-être aussi une fausse note dans ce vers :
Il fuit, il se dérobe à ma juste colère.
(Acte IV, scène i.)
rite la vertu du sacrifice. C'est qu'elle craignait moins de n'être pas l'épouse de Titus que de perdre sa foi. Elle part malheureuse, mais pacifiée par la douceur d'un amour partagé qui vase changer en amitié sublime. Il est permis de préférer les accents d'Hermione, de Roxane ou de Phèdre; pourtant, ne le disons pas trop haut; car il y a bien du charme dans la suavité de cette héroïne toute racinienne dont le type s'oppose directement aux adorables furies de Corneille.
Titus et le pteux Énée. La passion et la raison d'État*
— De tous les personnages Titus est celui qui, par sa lutte sérieuse, justifie le plus le titre de tragédie donné à ce roman dramatique. Aussi n'admettons-nous pas les mépris infligés par Rousseau à « la faiblesse d'un empereur et d'un Romain qui balance, comme le dernier des hommes, entre sa maîtresse et son devoir ». Oui, il y aurait injustice à traiter de la sorte un rôle qui corrige les langueurs d'une action parfois trop lyrique. La vérité est plutôt que Titus comprend et concilie toutes les bienséances. Les révoltes de son cœur ne l'empêchent pas d'obéir à la raison d'État, et il n'hésite point sur cette question de délicatesse ou d'honneur. Peut-être même jugera-t-on qu*il n'est pas assez passionné, qu'il ressemble trop au pieux Énée. Ce serait exagérer ; car, lorsqu'il brise un lien d'affection, il n'a jamais pris les engagements suprêmes qui aliéneraient sa liberté. Voilà pourquoi il peut dire :
En quelque extrémité ique vous m'ayez réduit, Ma gloire inexorable à toute heure me suit ; Sans cesse elle présente à mon âme étonnée L'empire incompatible avec notre hymcnée, Me dit qu'après l'éclat et les pas que j'ai faits, Je dois vous épouser encor moins que jamais. Oui, madame; et je dois encore moins vous dire Que je suis prêt pour vous d'abandonner l'empire, De vous suivre, et d'aller, trop content de mes fers , Soupirer avec vous au bout de l'univers. Vous-même rougiriez de ma lâche conduite.
Après ce langage que Bérénice est digne d'entendre, on
n'a donc plus le droit^^de l'appeler avec Jean-Jacques « un vil soupirant de ruelles ».
Antioehus. Le style. — Quant à Antiochus, nous sourions volontiers à ses dépens, mais non sans avouer qu'il se tire avec assez bonne grâce d'une situation fausse. Il tient donc son rang; et, malgré sa faculté de soumission où de silence^, il prête moins au ridicule que le roi de NaXe, ce pis aller d'Ariane dans la pièce de Corneille. Il a même un soupir de mélancolie rêveuse qui sufSt à sa gloire, lorsqu'il s'écrie :
Dans l'Orient désert quel devint mon ennui !
Le style est toujours en parfait accord avec les sentiments. Sa simplicité d'expression a une force pénétrante, et une onction qui attendrit. Ce charme se communique aux plus menus détails. Par exemple, quand Phénîce dit à la reine :
Laissez-moi relever ces voiles détachés,
Et ces cheveux épars dont vos yeux sont cachés.
Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage,
rien n'est en apparence plus vulgaire que l'empressement d'une suivante qui propose à sa maîtresse de rajuster sa toilette. Eh bien, ces soins familiers ont leur éloquence, lorsque Bérénice répond :
Laisse, laisse, Phénice ; il verra son ouvrage .
Dans l'art de traduire ainsi les émotions les plus intimes, Racine est le maître des maîtres ; si Bérénice n'est pas son chef-d'œuvre, on peut donc regarder cette pièce comme incomparable en un genre où il n'avait pas de modèle, et n'aura pas d'égaux*.